Alors que ce 27 octobre, Mayotte fête le dixième anniversaire de la disparition de l'icône des partisans de Mayotte française, Zena M'déré, il convient de rappeler également que le 27 octobre 2003, se déroulait un épisode nettement moins glorieux de l'histoire de Mayotte, l'incendie du village d'Hamouro par le maire de Bandrélé.
Ce lundi 27 octobre 2003, à 6 heures du matin, dans le cadre de la lutte contre l’immigration clandestine, et sur ordre du procureur de la République, les gendarmes de M'zouazia organisent une descente sur la plage du village d'Hamouro, connue pour abriter un grand nombre de familles anjouanaises : ils interpellent une vingtaine de sans-papiers qui seront envoyés à Anjouan. Les autres habitants des lieux - environ 80 personnes- ont échappé au contrôle après s’être enfuis.
A 7h30, débute une deuxième opération d'envergure, illégale celle-ci - toute destruction d'habitation est soumise à une décision du tribunal. Une fois les gendarmes partis, les agents communaux, emmenés par le maire de Bandrélé, Moussa Madi, arrivent sur la plage. Ils font rassembler leurs affaires aux “rescapés” de la première descente, puis mettent le feu aux cases en torchis. 28 d'entre elles, soit la quasi-totalité, sont détruites ; de nombreuses personnes qui n'ont pas eu le temps de récupérer leurs affaires, ou qui n’étaient pas là, les retrouvent calcinées. Aucun blessé n'est à déplorer.
Mardi 28 octobre, alors que le quotidien Flash Infos annonce que tout est bien qui finit bien puisque le projet d’aménagement d’un village traditionnel sur cette plage va pouvoir démarrer grâce à ces destructions (sic). Au passage, six ans plus tard, le projet touristique n'est toujours pas sorti des cartons et ne donne nul signe de vie.
Une enquête judiciaire est ouverte. Le maire et ses employés seront entendus par les gendarmes. Pendant ce temps, une polémique est née : la préfecture est accusée par certains d'avoir coordonné ces deux opérations qui se sont succédées. Le préfet nie.
Ce qu'il restait du village d'Hamouro après le passage de Moussa Madi
Durant la semaine qui suit, syndicats, avocats, enseignants, associations comoriennes : de nombreuses voix s'élèvent contre ces destructions et réclament justice. Par contre, les élus de tous bord, à commencer par ceux de l’UMP, dont Moussa Madi fait partie, persistent à soutenir le maire : "Après le petit incident de lundi dernier (…), l'Association des maires de Mayotte apporte son soutien" à Moussa Madi dans un communiqué. "Les clandestins qui s'y trouvaient ne devaient pas y être. Tout s'est déroulé humainement", précise Ali Souf, le président de l’association des maires de Mayotte d'alors. Fort de ces soutiens, le maire assume et reconnaît publiquement ses actes : “Nous n'avons pas brûlé toutes les maisons des Anjouanais mais seulement celles qui nous reviennent de droit (…)”, déclare-t-il à Mayotte Hebdo.
Sur la plage, des actions de soutien aux sans-abris sont mises en place par des associations et quelques voisins, mais elles seront rapidement abandonnées.
Le 15 décembre 2003, afin de comprendre les lenteurs de la justice, la Ligue des droits de l'Homme se constitue partie civile. A plusieurs reprises, Corneille Manja, son président, se rend à Paris pour accélérer l'ouverture d'une instruction : il l'obtiendra finalement, non sans mal. Une information est ainsi ouverte contre X, pour “présomptions graves de destructions de biens mobiliers et immobiliers d'autrui par un moyen dangereux pour les personnes, en l'espèce par incendie, en raison de la non-appartenance à la communauté mahoraise” des habitants, “le tout en bande organisée”.
Le 1er juin 2006, l'affaire arrive devant les tribunaux. Le maire de Bandrélé est condamné par le Tribunal de première instance de Mamoudzou à un an de prison avec sursis et 18 mois de mise à l'épreuve durant lesquels il devra rembourser chacune des 26 parties civiles la somme de 500 euros. Il a également été condamné à verser une amende de 5.000 euros. Il s'est vu enfin interdire les droits civiques et civils durant deux ans… Bien plus que ce que réclamait le Procureur de la République qui n'avait demandé qu'un an de prison et 10.000 euros d'amende.
Pourtant, pour le procureur, Guy Jean, "l'affaire est grave". Il parle de "folie", dit la "comprendre un petit peu" vu les tensions qui régnaient alors dans l'île vis-à-vis des sans-papiers, mais ne l'excuse pas. "On ne s'attaque pas à quelqu'un parce qu'ils n'est pas de la même nationalité, du même sexe, de la même religion que vous. Nous sommes tous égaux ! Même un étranger en situation irrégulière a des droits !" Guy Jean rapprochera même ce type d'événement à la Shoah, au génocide rwandais. "C'est comme ça, avec des petites vexations, que tout est né".
Le procès en appel, après une requalification de dernière minute par le procureur en faveur de l'accusé, fait passer la peine encourue de 10 à 2 ans de prison. Le procureur général, François Semur, avait alors requis deux ans de prison avec sursis. Ni plus, ni moins. Un procès qui aura malgré tout duré trois ans et demi, le temps de l'oubli par l'opinion publique et les médias..
Enfin, dernier détail, qui a son importance à Mayotte : ce 27 octobre 2003 était le premier jour du Ramadan de l'année 1424 du calendrier musulman.
Moussa Madi a été réélu maire de Bandrélé le 16 mars 2008 avec 45,68% des voix.
R.C. / E.T.
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