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24.01.2008 Dernière mise à jour :
17.05.2008
COMORES: La France "veut tourner la page de la Logique d`affrontement" avec Moroni
MORONI, 16/05 - La France "veut tourner la page de la logique d`affrontement" avec l`archipel des Comores, notamment sur la question de l`immigration clandestine vers l`île française de Mayotte, a déclaré vendredi à Moroni le secrétaire d`Etat français à l`Outre-mer, Yves Jégo.
"On veut vraiment tourner la page de la logique d`affrontement. On veut s`engager dans une relation qui prenne en compte les attentes de l`Union des Comores", a-t-il déclaré lors d`une conférence de presse commune avec le ministre comorien aux Relations extérieures, Said Ahmed Djaffar.
M. Jégo a mis également en avant le "besoin de maîtriser les flux migratoire à Mayotte". Le secrétaire d`Etat a comparé les îles de l`archipel de Comores à "quatre soeurs": l`Union des Comores (trois îles: Grande Comore, Mohéli, Anjouan) et Mayotte. "Elles n`ont pas épousé les mêmes maris", mais elles restent des soeurs compte tenu de "la réalité géographique".
De son côté, le chef de la diplomatie comorienne a indiqué que le président français Nicolas Sarkozy se rendrait en visite officielle en 2009 aux Comores.
Au début de l`année 2009, le président Nicolas Sarkozy se rendra en visite aux Comores. D`ici là, il n`est pas exclu que le président (comorien Ahmed Abdallah Sambi) se rende à Paris et y rencontre le président Sarkozy", a-t-il déclaré.
Ancienne colonie française, les Comores ont plusieurs contentieux avec Paris, notamment sur Mayotte - île de l`archipel demeurée française par référendum et revendiquée par Moroni - et plus récemment à propos du sort de l`ancien président de l`île d`Anjouan, Mohamed Bacar.
A La Réunion, la France protège le dictateur anjouanais Mohamed Bacar.
BACAR DANS LES BOTTES SANGLANTES DE LA FRANÇAFRIQUE
Les témoignages qui suivent sont extraits d'une enquête réalisée à Anjouan du 7 au 9 avril 2008 par la section locale de la Fondation Comorienne des Droits de l'Homme. Leur anonymat tient à préserver les personnes concernées des éventuelles menaces dont elles pourraient encore faire l'objet.
Affaire BACAR : une sombre page de plus à inscrire aux basses œuvres de l'impérialisme français et de ses complices aux Comores. POUR MÉMOIRE : les années 70-80, Bob Denard et les mercenaires (deux Présidents assassinés, tortures, intimidations, cadavres jetés pour l'exemple en place publique...) ; le serpent de mer des séparatismes (Mayotte 1975, Anjouan 1996, avec la bénédiction de l'extrême-droite et des plus hautes autorités de l'Etat français). 2001-2008 : le colonel Bacar s'impose par la force des armes dans l'île d'Anjouan, jusqu'au débarquement de l'Armée Nationale et des contingents de l'Union Africaine le 26 mars 2008.
* « Ils sont venus vers minuit et ont cassé la porte. Ils ont fouillé toute la maison en cherchant mon mari. J'ai dit qu'il n'est pas là et que je ne sais pas où il est parti. Ils ont pris les enfants et les ont enfermés dans une chambre sans lumière. Ils m'ont jetée dehors et ont commencé à me tabasser. Ils m'ont emmenée sur la place publique et m'ont menacée de me tuer si je ne leur dis pas où est mon mari. J'ai répondu que quand il a connaissance d'une patrouille dans la région, il ne dort pas à la maison. (...) Je les ai suppliés de ne pas m'emmener par pitié pour les petits enfants qui sont restés seuls à la maison. J'ai reçu des gifles quand j'ai dit cela et après, on m'a laissée partir. Je suis partie clandestinement à Ngazidja [Grande Comore] où j'ai passé trente huit jours et j'ai été soignée par le docteur A. S. Omar » (déclaration de Mme S. K.).
SUITE TRAGI-COMIQUE : Dès le 26 mars et dans les jours qui suivent, une rocambolesque exfiltration de Bacar & barbouzes, grossièrement orchestrée par quelques taupes des réseaux français, vers La Réunion via Mayotte...A la veille du débarquement, Bacar prétendait encore vouloir se battre « jusqu'au dernier Anjouanais », après s'être particulièrement bien enrichi... jusqu'au dernier naufragé entre Anjouan et Mayotte. Puis une hallucinante fiction juridique jouée dans tout ce que La Réunion compte de prétoires, transformés pour l'occasion en tréteaux de Molière. « Il faut sauver le soldat Bacar », tel est le titre de cette farce interprétée sans brio par une Compagnie fantoche.
OPPRESSION GÉNÉRALISÉE :sadisme, humiliations, traques...
H. E., mère de deux filles, déclare : « On me recherchait pour avoir critiqué le pouvoir et pour avoir réclamé mon salaire de 24 mois que je n'ai pas reçu. J'ai dû m'exiler pendant 75 jours à Bandrani. Après je suis revenue au village vers début janvier mais quand on l'a su, on me recherchait encore. Quelques amis sont venus me le dire. Cette fois-là, j'ai pris le maquis et je vivais dans la forêt avec un groupe de trente quatre personnes dont j'étais la seule femme. Nous sommes rentrés à Moya le mercredi 26 mars après le débarquement ».A Nyantranga, une vingtaine d'hommes ont vécu dans les forêts de janvier à mars 2008. A Ongoni, 2/3 des hommes ont vécu dans le maquis, depuis le mois de décembre jusqu'au jour du débarquement...
B. M., mécanicien de Bambao Mtsanga. Il a été arrêté le 18 janvier 2008 vers une heure du matin. Le chef de section était S. : « Après le passage à tabac, j'ai remarqué que j'avais des excréments partout mais on ne m'a pas laissé aller aux toilettes ». B. M. a été hospitalisé à Domoni et soigné par les docteurs M. Soilihy et M. Haidar.
UNE ECONOMIE DE LA TERREUR.
L. B. de Mutsamudu, arrêté le 22 janvier 2008 à l'Alliance Franco-Comorienne, a été emmené à la brigade de Mutsamudu où il a passé 12 jours sans qu'il sache la cause de son arrestation. Il a été transféré à Ouani où il a subi des tortures physiques. Sa libération était conditionnée par une rançon d'un million de francs comoriens donné à la FGA [Force de Gendarmerie d'Anjouan]. Les négociations ont été faites directement entre son père et le colonel Bacar avec la médiation de D. Salim, ex ministre de l'intérieur.
RÉPRESSION DES ENSEIGNANTS : chasse à l'homme, sévices, tortures...
I. S. A., professeur d'Education Physique, originaire de Sima : c'est le 18 décembre 2007, aux environs de 1 heure du matin, qu'une équipe d'une dizaine de soldats de la FGA a débarqué chez lui, l'a violemment réveillé et ligoté sans lui permettre de s'habiller. Il a commencé à recevoir des coups de poings et de pieds. Dans le véhicule de la FGA, il a aperçu certains de ses amis, qui ont subi le même sort. Vers la fin du village de Sima, dans le région de Chisimani, Mr I. S. A. et ses amis ont vécu un enfer de tortures : coups de matraque sur les pieds, les bras, les hanches et le dos, coups de crosse, coups de poing... Après un interrogatoire musclé, on les a faits monter dans un véhicule : la torture a repris, jusqu'à la brigade de Ouani. A 9 heures du matin, le lieutenant M. a une nouvelle fois ordonné la torture. Un morceau de bois a été introduit dans la bouche de I. S. A. et quatre hommes cagoulés l'ont tabassé jusqu'à son évanouissement. Lorsqu'il s'est réveillé, il a constaté que ses urines et ses celles étaient sanglantes. Après 8 jours à la brigade de Ouani, il a été transféré à la maison d'arrêt de Koki où il a passé 4 jours avec ses amis qui ont subi le même sort sans le moindre soin médical. Après le 4ème jour à Koki, ils ont tous été relâchés. Actuellement, ils souffrent de douleurs chroniques sur tous les membres de leur corps. Les uns marchent boiteux ou titubants, les autres n'arrivent pas à s'asseoir correctement pendant une durée prolongée.
A. A., instituteur originaire de M'ramani, a été enlevé à son domicile le 27 décembre 2007 aux environs de 1 heure du matin. Ligoté, il a été torturé sur la place de Nkohani jusqu'à l'aube. Le 28 décembre, il a été transféré à la Brigade de Domoni où il a passé 6 jours. Il est victime d'une fracture du pied. Il est devenu boiteux sans aucun suivi médical.
K. H. O. de Nioumakele Chaoueni, professeur d'Histoire Géographie, arrêté le 28 décembre 2007 par 12 FGA. Il menait une grève des enseignants dans l'île. Il lui a été infligé de nombreuses blessures.
H. A., instituteur à M'ramani, arrêté le 22 juin 2007 à 22h, pour simple fait de grève. Il a également subi de nombreuses tortures physiques.
S. A., instituteur, originaire de Ouani, a été convoqué à la brigade de Ouani le 2 octobre 2007. Arrivé à la brigade, au moment où il demande le motif de sa convocation, il aperçoit un chef de la FGA qui se jette sur lui et le torture de 9h3o à 11h3o.
MAI 2008 : l'OFPRA refuse l'asile à Bacar. Ce camouflé fonctionne pourtant comme un lapsus : celui d'une sous-traitance politique de sa protection ainsi déléguée à un pays tiers (Afrique du Sud ? Australie ?).
PERSÉCUTION DE LA JEUNESSE : bastonnade, tabassages, enlèvements..
A. A. M., originaire de M'ramani, jeune adolescent, élève de 4ème , a été enlevé à 5 heures du matin et torturé jusqu'à 16 heures où il a été relaxé. Ce mineur a été arrêté parce que son père a réussi à échapper au groupe de commandos de la FGA qui a débarqué chez lui la veille pour l'arrêter.
S. A. dit Dj Ropa, de Domoni : suite à la production de chansons opposées au régime de M. Bacar, il a été arrêté et incarcéré à la brigade de gendarmerie de Domoni. Il a été roué de coups de rangers et de bâtons.
El F. A. S. (élève de 22 ans) : ligoté aux pieds et aux jambes puis jeté dans un véhicule où on lui a marché dessus jusqu'à la brigade de Bambao, il a été roué de coups de bâton, emmené ensuite à la brigade de Sangani pendant 6 heures où il a été une nouvelle fois roué de coups de bâton et enfin à Hombo pendant 24 heures. Il a été arrêté et torturé à la place de son père, introuvable. Ses tortionnaires se nomment notamment S. de Mohéli et C. de Mromaji.Melle
E. A. de Mutsamudu, secrétaire comptable à l'usine Coca cola d'Anjouan, a été enlevée puis emmenée à la Brigade où elle a été tabassée la nuit durant, à l'insu de ses parents.
Le jeune K. M., de Domoni, a été arrêté à minuit en plein sommeil. Après qu'il a été contraint d'aboyer, on a obligé un de ses copains d'infortune à lui tondre les cheveux à l'aide d'une machette et d'une capsule de cannette, jusqu'à ce que le sang coule abondamment sur son corps.
N. D. âgé de 18 ans, élève en classe de 4ème, originaire de Barakani, village natal de Mohamed Bacar, a été assassiné devant la porte de la résidence de Mohamed Bacar. Ni la FGA ni Mohamed Bacar n'ont jugé bon de fournir une quelconque explication.
LE PEUPLE COMORIEN EXIGE QUE MOHAMED BACAR SOIT RENDU AUX AUTORITÉS DE SON PAYS, L'UNION DES COMORES, POUR RÉPONDRE DE SES ACTES DEVANT LA JUSTICE COMORIENNE, EN ACCORD AVEC LE MANDAT D'ARRÊT INTERNATIONAL DONT IL EST TOUJOURS L'OBJET ET POUR LEQUEL L'UNION AFRICAINE S'EST MOBILISÉE.
MATSO NA MAKIYO
Source : google news france / Indymedia Paris Île-de-France
APA-Moroni (Comores) Le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer, Yves Jego, en visite à Moroni depuis jeudi, a confirmé l'organisation, en 2009 à Mayotte, d'un référendum sur la départementalisation de cette île comorienne restée sous administration française depuis l'accession de l'archipel à l'indépendance, en 1975.
« Mayotte devra, à cette occasion, se prononcer sur son statut. Mais, bien avant, nous allons prendre le temps d'expliquer les avantages et les inconvénients du statut de département », a ajouté M. Jego lors d'un point de presse jeudi à 22 heures (heure des Comores), aussitôt après son entrevue avec le président comorien, Ahmed Abdallah Sambi.
Au sujet de l'extradition du colonel Mohamed Bacar, le ministre comorien des Relations extérieures, M. Ahmed Ben Said Jaffar, a déclaré que le rejet par Paris de la demande d'asile politique de l'ex-homme fort d'Anjouan permet au gouvernement comorien de garder l'espoir de sa prochaine extradition vers Moroni.
Après l'entrevue entre le chef de l'Etat comorien et le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer en compagnie de son homologue de la Coopération, les deux parties ont procédé à la signature de deux conventions d'aide budgétaire d'un montant total de 1.135.000 euros destinés «à permettre la relance rapide de la coopération » et à répondre aux urgences actuelles à Anjouan.
Ce vendredi, M. Jego devra participer à une réunion de travail au ministère comorien des Relations extérieures au cours de laquelle il sera officiellement mis en place le Groupe de travail de haut niveau (GTHN), un organe permanent de concertation et de suivi des négociations sur les questions d'intérêt commun.
Selon le communiqué conjoint publié jeudi à l'issue des discussions, les deux parties ont, entre autres sujets, abordé le problème de la circulation des biens et des personnes entre les îles de l'archipel et le traitement des Comoriens considérées comme « en situation irrégulière à Mayotte ».
La mission française a, en outre, annoncé la réouverture, les jours à venir, de l'antenne consulaire française sur l'île d'Anjouan, fermée au lendemain des violentes manifestations anti-françaises sur l'ensemble du territoire comorien.
IM/od/APA 16-05-2008
Dans la capitale comorienne, le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer Yves Jégo joue la carte de la détente diplomatique entre la France et son ex-colonie.
Actuellement à Moroni, la capitale comorienne, Yves Jégo a annoncé que le président comorien Sambi avait donné son feu vert pour la reconduction par bateau de nombreux comoriens qui immigrent vers l'île de Mayotte.
Les autorités comoriennes n'acceptaient plus le retour des Comoriens depuis l'affaire Mohamed Bacar il y a plus d'un mois. Hasard du calendrier, ou pas, hier, la France a pris acte de la décision de l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) qui a rejeté la demande d'asile déposée par l'ex-président déchu d'Anjouan, tout en excluant qu'il puisse être expulsé vers les Comores en raison des risques de persécution.
Les deux contentieux lié au sort du colonel déchu Bacar et de l'immigration vers Mayotte sont donc en passe d'être réglés, en tous cas sur le terrain diplomatique...
La France ne veut plus de la « logique d'affrontement »
"On veut vraiment tourner la page de la logique d'affrontement. On veut s'engager dans une relation qui prenne en compte les attentes de l'Union des Comores", a déclaré le secrétaire d'Etat français à l'Outre-mer, Yves Jégo, lors d'une conférence de presse commune avec le ministre comorien aux Relations extérieures, Said Ahmed Djaffar.
Le secrétaire d'Etat a comparé les îles de l'archipel des Comores à "quatre sœurs" : l'Union des Comores (trois îles : Grande Comore, Mohéli, Anjouan) et Mayotte. "Elles n'ont pas épousé les mêmes maris", mais elles restent des sœurs compte tenu de "la réalité géographique".
De son côté, le chef de la diplomatie comorienne a indiqué que le président français Nicolas Sarkozy se rendrait aux Comores l'année prochaine. "Au début de l'année 2009, le président Nicolas Sarkozy se rendra en visite aux Comores. D'ici là, il n'est pas exclu que le président (comorien Ahmed Abdallah Sambi, ndlr) se rende à Paris et y rencontre le président Sarkozy", a-t-il déclaré.
Ancienne colonie française, les Comores ont plusieurs contentieux avec Paris, notamment sur Mayotte - île de l'archipel demeurée française par référendum et revendiquée par Moroni. Mayotte avait décidé de rester française alors que le reste des Comores devenait indépendant en 1975.
Timothy Mirthil (avec AFP)
Source: RFO
Selon la PANA, la France financera la construction d'une maternité et un projet de développement agricole sur l'île comorienne d'Anjouan, a déclaré vendredi à Moroni le secrétaire d'Etat français chargé de l'Outre-mer, Yves Jégo.
LE MONDE | 16.05.08 | 15h32 | Moroni, envoyé spécial
En arrivant à Moroni, jeudi 15 mai, le secrétaire d'Etat français à la coopération, Alain Joyandet, et son homologue chargé de l'outre-mer, Yves Jégo, savaient que l'étape comorienne de leurs tournées respectives en Afrique orientale et dans l'océan Indien serait délicate.
L'accueil menaçait même d'être glacial, l'Assemblée de l'Union des Comores ayant déclaré la veille que la visite de la délégation française n'était "pas opportune, surtout parce qu'elle comprend le ministre des colonies". Une forme de rappel que le passé entre les deux pays, au cours des trois dernières décennies, a été marqué par des incompréhensions, des manipulations, et un contentieux grave, celui de Mayotte.
L'archipel, en accédant à l'indépendance en 1975, avait été contraint d'abandonner l'une de ses quatre îles, Mayotte, qui venait de se prononcer par référendum pour rester française. Depuis, la question de la collectivité territoriale française n'a jamais cessé d'habiter les consciences comoriennes et d'empoisonner les relations entre les deux capitales, surtout depuis l'élection du président Ahmed Abdallah Sambi.
C'est pourtant sur une promesse de réconciliation que s'est conclue la visite française. Et ce sous la forme d'un feu vert donné à la création d'une structure conjointe chargée de relancer la coopération (auquel un total de 88 millions d'euros attendent d'être consacrés), mais aussi par la volonté de transformer les relations entre l'archipel et Mayotte, en instaurant une circulation des biens et des personnes qui pourrait s'accompagner de la formation d'une zone de libre-échange. Dans un délai d'un an, ce groupe de travail de haut niveau pourrait même réfléchir à des solutions institutionnelles de rapprochement entre l'archipel et Mayotte.
Le principe en avait été retenu, en septembre 2007, par Nicolas Sarkozy et Ahmed Abdallah Sambi, en visite à Paris. Mais dans l'intervalle, les relations franco-comoriennes ont atteint une franche inimitié après l'épisode de l'opération militaire "Démocratie aux Comores", destinée à chasser du pouvoir Mohamed Bacar, l'homme fort de l'île d'Anjouan, en rupture de ban. Le débarquement des forces loyalistes soutenues par la France et des troupes de l'Union africaine s'était conclu par une crise ouverte avec Paris lorsque le colonel rebelle, avec vingt-deux de ses proches, s'était réfugié à Mayotte, à soixante-dix kilomètres d'Anjouan.
DEMANDE D'ASILE REJETÉE
Des émeutes avaient éclaté au sein de la population d'origine anjouanaise, convaincue que Paris avait "exfiltré" le colonel déchu, tandis que Moroni accusait la France de vouloir héberger Mohamed Bacar en assurant son impunité alors que celui-ci est accusé de violences et de détournement de fonds.
Ce contentieux pourrait rapidement être effacé. La demande d'asile du colonel a été rejetée, le 6 mai, par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), en même temps que celles de la majeure partie de sa garde personnelle.
Que faire à présent de l'ex-homme fort d'Anjouan ? Alors que la justice française doit se prononcer, vers le 19 mai, sur une demande d'extradition formulée par Moroni, une solution a été imaginée qui pourrait convenir aux deux capitales. Un pays tiers, vraisemblablement en Afrique de l'Ouest, pourrait accueillir Mohamed Bacar, et le juger, condition à laquelle le président Sambi est attaché.
"Le sort de Bacar ne doit pas altérer les relations entre la France et les Comores", tranche un responsable français, qui pense qu'il faut "mettre fin au contentieux avec les Comores", comme Paris s'efforce de le faire au Rwanda, en Côte d'Ivoire ou en Angola. Et de préciser : "L'Afrique est en plein décollage économique. Ce n'est pas le moment de nous en aller."
Jean-Philippe Rémy
Source: Le Monde
MAMOUDZOU, 16 mai 2008 (AFP) - De nouveaux moyens pour lutter contre les clandestins à Mayotte ont été présentés vendredi au secrétaire d'Etat à l'Outre-mer, Yves Jego, et à Alain Joyandet, secrétaire d'Etat à la Coopération et à la Francophonie, en tournée cette semaine à Mayotte et aux Comores.
Les responsables des services impliqués dans la lutte contre l'immigration clandestine à Mayotte, en provenance principalement des Comores, ont confirmé la rotation à partir de la fin mai de deux bateaux pour la reconduite des clandestins.
Chacun de ces bateaux aura une capacité de 100 places. La faible capacité des avions de Comores aviation ne répond en effet pas aux objectifs de la PAF.
Un troisième radar sera mis à la disposition de la collectivité départementale fin juin ou début juillet, pour détecter et repérer les embarcations de clandestins, qui viennent pour la plupart d'Anjouan (Comores), ont précisé les responsables.
Avec ce troisième radar, la surveillance du territoire devrait être assurée à 100%, selon les autorités administratives.
Par ailleurs, Mayotte sera doté d'un hélicoptère en 2009 pour la surveillance de ses frontières, une dotation qui s'inscrit dans le cadre de la loi pour la sécurité intérieure.
Ni réfugié politique, ni renvoyé aux Comores : la décision adoptée le 6 mai par l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) quant au sort de Mohamed Bacar et de ses quinze compagnons est sans surprise.
Elle est d'ailleurs identique à celle prise le 22 avril à l’encontre de six autres Anjouanais, dont certains ne faisaient pas partie du groupe du colonel Bacar. L'Ofpra indique que les "faits graves commis aux Comores" par l'ancien président d'Anjouan, qui s'était maintenu au pouvoir par la force avant d'être délogé le 25 mars lors de l'opération des forces comoriennes et africaines, "excluent des droits inscrits dans la Convention de Genève relative aux réfugiés et apatrides". L'Office a cependant estimé que "les craintes de persécutions aux Comores avancées par Mohamed Bacar et ses proches assignés à résidence à la base aérienne 181 sont fondées", rapporte ce jeudi 15 mai le Quotidien de la Réunion.! "L’Ofpra estime donc qu’ils ne peuvent retourner dans leur pays d’origine en raison de ces risques."
Si la demande d'extradition formulée par le gouvernement comorien doit être examinée en juin par la justice française, les chances de voir le colonel jugé dans son pays sont donc extrêmement minces. Quant à Mohamed Bacar et à ses compagnons, ils peuvent encore contester la décision de l’Ofpra devant la Cour nationale du droit d’asile pour tenter d'obtenir le statut de réfugiés. Pour deux autres proches de Bacar, la question du séjour en France ne se pose plus : l’Ofpra a décidé de leur accorder le statut de réfugié politique, révèle le Quotidien. Le 22 avril, deux autres Anjouanais avaient obtenu un statut de réfugié. Seul l’un d’eux accompagnait Mohamed Bacar dans sa fuite vers Mayotte.
Et le journal réunionnais de s'étonner du silence du gouvernement français et d! e la préfecture de la Réunion, qui se sont bien gardés de ren! dre publique une décision prise il y a plus d'une semaine.
A l'occasion de la Conférence sur la coopération régionale dans l'océan Indien, qui se tient à Mayotte ces 14 et 15 mai, les responsables de la majorité du Conseil général de Mayotte ont affirmé leur volonté de développer la coopération régionale à condition que le choix des Mahorais soit reconnu.
Plusieurs ambassadeurs français de la région, ainsi que les représentants des deux collectivités réunionnaises (Conseil général et Conseil régional), le préfet de Mayotte et son homologue de la Réunion, ont assisté mercredi 14 mai à l'ouverture (à l'hôtel Sakouli) de la Conférence sur la coopération régionale dans l'océan Indien, présidée par Ahmed Attoumani Douchina, président du Conseil général de Mayotte, et Alain Moureau, ambassadeur français en charge de la coopération régionale dans l'océan Indien. Des débats ont été menés toute la journée, autour du thème : "L'action de l'Europe dans l'océan Indien".
A cette occasion, M.Douchina a rappelé sa volonté de développer la coopération régionale. Il s'agit d'une de ses deux priorités, avec l'érection de Mayotte en département d'outremer. Les ! deux sont d'ailleurs intimement liés, pense-t-il. "Le 23 janvier 2008", a-t-il expliqué, "le secrétaire d'Etat à l'Outremer a rappelé que l'évolution statutaire devra être conduite parallèlement au développement de l'intégration de Mayotte dans son environnement régional. C'est dire que cette évolution statutaire va de pair avec la place que notre île doit prendre dans cette région". Pour cela, a-t-il indiqué, l'accession au statut de Région ultra-périphérique (RUP) de l'Union européenne sera un atout qui permettra à Mayotte de bénéficier de financements plus conséquents. L'Europe pourra alors "s'appuyer sur Mayotte" pour développer sa coopération régionale. L'île sous administration française pourra alors "entamer une nouvelle politique de coopération avec ses voisins, plus particulièrement les Comores".
Pour ce faire, M.Douchina a demandé à la France "d'avoir l'ambition pour Mayotte en terme de politique de coopération régionale", et d'œ! uvrer en faveur de l'admission de Mayotte au sein de la Commi! ssion océan Indien (COI).
Toutefois, cette volonté de se tourner vers l'extérieur doit s'accompagner, à précisé M. Douchina, d'un effort des voisins qui devront reconnaître le choix des Mahorais de rester français. Une condition sine qua non réitérée par Soiderdine Madi, conseiller général d'Acoua, pour qui "rien ne pourra se faire sans un total respect mutuel des différents intervenants". "Mayotte entend faire respecter son choix !" a-t-il asséné. Le sénateur Adrien Giraud lui a emboîté le pas en affirmant que "pour coopérer, il faut être deux".
M. Moureau a pour sa part affirmé comprendre les revendications des élus mahorais. Il a évoqué une "normalisation" des relations entre les Comores indépendantes et Mayotte. Mais "pour cela, il faudra disposer de ressources supplémentaires pour aider au développement des îles voisines", a-t-il conclu.
Le secrétaire d'Etat français à l'Outremer, Yves Jégo, est arrivé à Moroni jeudi 15 mai en milieu d'après-midi, après une courte escale à Mayotte (lire l'encadré).Il y a rejoint son homologue chargé de la Coopération, M. Joyandet, afin de prendre part à la première réunion du Groupe de travail de haut niveau (GTHN) entre la France et les Comores. Sa venue a provoqué une manifestation jeudi matin, organisée par les députés de l'Union.
Dans la matinée, plusieurs dizaines de manifestants se sont amassés dans le centre de la capitale pour dénoncer cette visite qualifiée d'"inopportune". Une trentaine de députés de l'Union, dont le président de l'Assemblée, Saïd Dhoifir Bounou, ont manifesté leur hostilité en marchant pacifiquement, depuis l'Assemblée de l'Union, jusqu'à l'Assemblée de l'île de la Grande-Comore, où ils ont improvisé un rassemblement. Alors que des banderoles arboraient des slogans tels que "Non à la visite aux Comores du ministre français des co! lonies" ou "Non à l'occupation illégale de l'île comorienne de Mayotte par la France", à la tribune, les députés ont lu un communiqué rédigé la veille lors de l'assemblée générale, dans lequel ils condamnent "la décision du gouvernement comorien de lever l'interdiction de refoulement des Comoriens se trouvant à Mayotte" et la visite des deux secrétaires d'Etat français, estimant qu'il s'agit d'une "provocation". En effet, ils n'encaissent pas la présence dans cette délégation d'Yves Jego, qualifié de "ministre des colonies" et à qui les députés reprochent des "propos désobligeants" vis-à-vis des autorités comoriennes tenus avant que Sambi ne rouvre les frontières. Après quelques discours, la foule s'est dispersée aux alentours de midi.
Arrivé vers 16 heures, M. Jégo n'a donc pas assisté à cette manifestation. Dès son arrivée dans la capitale comorienne, Yves Jégo a rejoint son homologue chargé de la Coopération, Alain Joyandet, afin de part! iciper à la première réunion du Groupe de travail de haut niv! eau (GTHN) entre la France et les Comores. Il a par la suite rencontré le ministre des Relations extérieures, Ahmed Jaffar, puis le président de l'Union des Comores, Ahmed Abdallah Sambi. Outre le cas Bacar, auquel l'Ofpra a refusé l'asile tout en s'opposant à un renvoi aux Comores (lire par ailleurs), les hauts responsables ont évoqué la question des reconduites à la frontière, celle de Mayotte, et celle de la reprise d'une coopération soutenue. Trois conventions devaient être signées hier soir entre la France et les Comores, dont une doit prendre en charge les arriérés des salaires des fonctionnaires comoriens en poste à Anjouan.