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Mobilisation et objectif atteint lors de la SSME et SMV

Publié le 03/05/2012 à 08:03 par moindjie Tags : chez enfants femmes
Mobilisation et objectif atteint lors de la SSME et SMV

 

ANTANANARIVO (Xinhua) - La Semaine de la Santé de la Mère et de l’Enfant (SSME) combinée avec la Semaine mondiale de la Vaccination (SMV) du 23 au 27 avril dernier en vue de la vaccination des millions d’enfants et de femmes enceintes, a connu une mobilisation totale des acteurs et l’objectif fixé est atteint, apprend-on du communiqué de l’UNICEF, mercredi.

Selon l’UNICEF-Madagascar, prèsde 4 millions d’enfants et 1 million de femmes enceintes ont été touchés par la12ème édition de la SSME et de la première édition de la SMV. L’objectif fixé était de faire vacciner 4 158 373 enfants et 1 039 593 femmes enceintes sur tout le territoire malgache.

La supplémentation en vitamine A pour les enfants de moins de 5 ans, la vaccination des enfants de 0 à 23 moiset des femmes enceintes ayant raté ses doses, le déparasitage pour les enfantsentre 1 et 5 ans, ont été les missions de cette SSME et SMV.

Le dépistage à la recherche de malnutrition aigüe chez les enfants de moins de 5 ans dans les 27 districts ayant des Centres de Récupération et d’Education Nutritionnelle Ambulatoire (CRENA), ainsi que la supplémentation en fer et acide folique pour les femmes enceintes, et consultation prénatale et dépistage de VIH/ SIDA et de syphilis, chez les femmes enceintes dans les centres accrédités, ont également faits lors de cette action.

Cette année, la mobilisation était de taille, a indiqué l’ UNICEF. « Des mères parcourent parfois une distance de 5, 10 ou 15 km pour rejoindre les centres de santé les plus proches et bénéficier de la campagne de vaccination », apprend-on.

De son côté, pour aller vers les cibles, des équipes sanitaires mobiles de l’UNICEF, de l’OMS et du ministèrede la Santé malgache, ont traversé des rivières, parcouru 15 km à pied en portant les médicaments, les vaccins et les matériels logistiques comme c’est le cas dans le quartier d’Ankohonala, à 15 km du district d’Ambatomainty dans la région de Melaky, dans l’ ouest du pays, a précisé l’UNICEF.

Notons que la SSME touche les 22 régions, 112 districts et 20. 000 quartiers de la Grande Ile. Cette 12ème édition a pu activer 700 superviseurs, 8.300 agents de santé, 16 500 Agents communautaires et 20.000 mobilisateurs ont été mobilisés pour donner les paquets d’intervention.

La SSME s’effectue deux fois par an, le mois d’avril et octobre. Elle cible surtout les mères et enfants qui habitent dans les zones reculées et isolées, et qui n’ont pas l’opportunité d’ approcher un centre de santé. De plus, c’est une occasion d’ expliquer aux populations l’intérêt et l’importance de la vaccination, de la prise de vitamine A, du déparasitage et des consultations prénatales.

Rappelons que l’objectif de Madagascar à l’horizon 2015 est de réduire le taux de la mortalité infanto-juvénile à 53 pour 1000 naissances vivantes. De 2004 à 2009, la mortalité infanto- juvénile est passée de 94 à 72 pour 1000

 

Source: http://www.afriscoop.net/journal/spip.php?breve10549

Drame de Madagascar : marche blanche à Wimereux

Publié le 20/04/2012 à 08:58 par moindjie Tags : homme belle chez roman
Drame de Madagascar : marche blanche à Wimereux

La mairie de Wimereux, lieu de départ de la marche blanche en hommage à Johanna Delahaye (en médaillon).
Une marche blanche est organisée ce jeudi à 15h, à Wimereux en hommage à Johanna Delahaye.

Cyndie Polie, organisatrice de cette marche blanche est l'ex belle soeur de Gérald Fontaine. Elle a gardé des liens avec la famille du Wimereusien. Elle veut rendre hommage à Johanna Delahaye, retrouvée morte dimanche sur une plage de Madagascar mais aussi dire que l'espoir existe encore de retrouver vivant Gérald Fontaine.

 

Le rassemblement aura lieu devant la mairie de Wimereux, place Albert-1er ce jeudi à 15 h. Les personnes (on ignore leur nombre) marcheront rue Napolélon et rue Carnot. Dans la mesure du possible, Cindy Polie demande aux participants de s'habiller en blanc.

 

A Madagascar, l'enquête continue. Un troisième suspect malgache a été placé en garde à vue a-t-on appris mercredi auprès de la police malgache.
"L'homme s'est rendu chez les deux premiers suspects alors qu'il n'habite pas le village. Cela pourrait être une association de malfaiteurs", a indiqué à l'AFP la police. Les trois suspects doivent être rapidement entendus.

Les deux premiers suspects ont été arrêtés en raison de leurs antécédents judiciaires car ils ont déjà fait de la prison pour meurtre, et de leur proximité avec les lieux du crime.
Les enquêteurs demeurent toujours sans nouvelle de Gérald Fontaine, le compagnon de la victime, qui a disparu depuis près d'une semaine et figure au nombre des possibles suspects aux yeux de la police malgache.

 

Source: http://nord-pas-de-calais.france3.fr/info/drame-de-madagascar--marche-blanche-a-wimereux-73497430.html

Madagascar - Un nouveau câble internet

Publié le 13/04/2012 à 15:36 par moindjie Tags : internet chez france monde société afrique

Madagascar - Un nouveau câble internet sous-marin doit renforcer l'internet dans le pays

Un câble sous-marin haut débit "LION2" (pour Lower Indian Ocean Network) destiné à renforcer la qualité et la sécurité de la connexion internet à Madagascar a été mis en service jeudi, a annoncé Orange Madagascar.

Le câble sous-marin à fibre optique a été financé par le géant français France Télécom-Orange et ses partenaires du groupe Orange (Mauritius Telecom Ltd, Orange Madagascar, Telkom Kenya Ltd, Emtel Ltd et Société Réunionnaise du Radiotéléphone) à hauteur de 57 millions d'euros.

Long de 2.700 kilomètres, le nouveau câble permettra d'"ouvrir une nouvelle route technologique pour Madagascar" et de "multiplier les routes alternatives disponibles pour acheminer les flux de télécommunications entre l'Océan Indien et l'Europe l'Afrique et l'Asie", selon Orange Madagascar.

Le câble "LION2" mis à la disposition de Madagascar est un prolongement jusqu'au Kenya du câble sous-marin LION qui relie la Grande Ile au reste du monde via la Réunion et Maurice depuis 2009.

"Si le câble LION s'avère défectueux, la connexion passera en un millième de seconde au câble LION2, donc il ne peut plus y avoir de coupures", précise-t-on chez Orange Madagascar.

 

Source:http://www.afreeknews.com/journal.php?flash_id=3195

Madagascar : 5 300 litres d'huile frelatées saisies

Publié le 12/04/2012 à 07:58 par moindjie Tags : roman
Madagascar : 5 300 litres d'huile frelatées saisies

ANTANANARIVO (Xinhua) - 5 300 litres d'huile frelatées et impropres à la consommation ont été saisies mardi dernier par les fonctionnaires du ministère du Commerce malgache dans une entreprise de textile à Ambohidratrimo, dans quelques kilomètres du centre ville d'Antananarivo, la capitale malgache, apprend-on de cette entité, mercredi.

Enfouis dans 265 bidons de 20 litres, l'huile, de très mauvaise odeur, a été prouvée impropre à la consommation par le laboratoire de l'Agence de contrôle sanitaire et de qualité des denrées alimentaires (ACSQDA) du ministère de la Santé malgache.

« Les prélèvements effectués et les analyses ont révélé des indices de saponification et de réfraction d'acidité et d'iode, dépassant largement les normes à la consommation et qui constituent un véritable danger pour le public et pourrait être mortelle pour l'être humain », a expliqué un responsable au sein de ce laboratoire, le Dr Razafinarivo Andrianjaka.

Ces bidons d'huile portant la marque « Oleo », ont été saisis grâce à des informations émanant des consommateurs.

Une enquête est ouverte afin de protéger la population des intoxication causées par ces produits meurtriers. Selon le ministère du Commerce, la provenance de l'huile n'est pas encore connue mais l'entreprise qui les a détenus, risque une mise en demeure ou un retrait définitif de son agrément.

Notons qu'en février dernier, un garçon de 14 ans est décédé et 11 personnes admises d'urgence à l'hôpital dans un quartier périphérique d'Antananarivo, pour avoir consommé des repas préparés à base d'huile impropre à la consommation.

 

Source:http://www.afriquinfos.com/articles/2012/4/11/madagascar-litres-dhuile-frelatees-saisies-200339.asp

L'Ecolodge Tsara Komba de Madagascar

Publié le 12/04/2012 à 07:57 par moindjie Tags : annonce belle nuit afrique voyages news
L'Ecolodge Tsara Komba de Madagascar

L'Ecolodge Tsara Komba de Madagascar annonce qu'il rejoint Eco Luxury.

Ce label vert réunit une gamme très sélective d'écolodges internationaux respectant avec excellence les principes de développement durable.

A la croisée de l'Afrique et de l'Océan Indien, le Tsara Komba Lodge est un hôtel 4 étoiles situé sur l'île de Nosy Komba, l'île des Lémuriens, la plus belle des îles de l'Archipel de Nosy Be.

Après avoir répondu avec succès à l'audit de Eco Luxury, le lodge s'est vu remettre la distinction de 3 Tentes sur 3, preuve de l'efficacité de ses actions en matière de développement durable.

Pour célébrer l'évènement, Eco Luxury et le lodge Tsara Komba offrent des billets d'avion à leurs clients :

  • 100 billets d'avion aller/retour Tananarive ou la Réunion/Nosy Be
  • 100 nuits gratuites
  • 100 Arbres du Voyageur au nom du voyageur sur l'île de Nosy Komba

 

L'offre est valable jusqu'au 15 juillet 2012 pour des séjours du 25 mars au 15 juillet 2012 :

> Du 25/03/12 au 31/05/12
2 billets aller/retour offerts par couple
Pour tout séjour de 7 nuits (ou +)
Exemple : 8j/7n = 1366*
Par personne, pension complète, en chambre double en lodge 75m2 (le prix des 2 billets AR Tananarive ou la Réunion/Nosy Be est déjà déduit de ce tarif)

 

> Du 01/06/12 au 15/07/12
1 billet aller/retour offert par couple
+ 1 nuit supplémentaire gratuite/pers

Pour tout séjour de 6 nuits (ou +)
Exemple : 8j/7n = 1278*
Par personne, pension complète, en chambre double en lodge 75m2 (le prix du billet simple Tananarive ou la Réunion/Nosy Be est déjà déduit de ce tarif)

ET
1 billet aller/retour offert par couple
+ 2 nuits supplémentaires gratuites/pers

Pour tout séjour de 10 nuits (ou +)
Exemple : 13j/12n = 2230*
Par personne, pension complète, en chambre double en lodge 75m2 (le prix du billet simple Tananarive ou la Réunion/Nosy Be est déjà déduit de ce tarif)

* Le prix des billets d'avion offerts est déjà déduit du montant de séjour dans la limite de 300€/billet AR et 150€/billet simple.

 

Informations & réservations sur : www.tsarakomba.com
resa@highspiritlodges.com

Source: http://www.i-voyages.net/news/index.php?val=3296_madagascar+100+billets+avion+r+offerts+par+ecolodge+tsara+komba

Youssef Courbage « La démographie de Madagascar décroît »

Publié le 28/10/2010 à 07:42 par moindjie Tags : femme france enfants homme article fille femmes afrique maroc
Youssef Courbage
« La démographie de Madagascar décroît »
article/1288124519_image.jpeg" alt="Dossiers - Youssef Courbage" />

Le directeur de l'Institut national de démographie de Paris donne ce jour au Centre culturel Albert Camus une conférence sur les contraintes et les potentiels de la dynamique démographique à Madagascar. Il nous donne un aperçu de ses analyses.

• Pensez-vous que Madagascar est surpeuplé, ou sous-peuplé, avec ses 20 millions d'habitants ?

Il y a effet près de 20 millions de Malgaches. Mais l'Île est étendue, et certaines personnes peuvent être tentées de dire que les Malgaches doivent encore se multiplier pour pouvoir occuper les espaces vides. C'est une analyse appelée populationniste ou pro-nataliste, laquelle encourage les gens à avoir beaucoup d'enfants en espérant des retombées économiques. Mais il y a une autre optique tout à fait à l'opposé, dénommée maltusienne. Cette dernière analyse estime que la démographie de Madagascar s'accroît trop vite car le taux de croissance se rapproche des 3% par an. C'est beaucoup par rapport à d'autres pays en voie de développement que je connais.

• D'où tirez-vous les statistiques pour Madagascar ?

Le dernier document, que j'utilise d'ailleurs pour ma présentation de demain (ndlr : aujourd'hui), est une enquête de démographie et santé effectuée en 2008-2009. Elle donne des informations intéressantes non seulement sur la démographie mais aussi sur la santé familiale et infantile, ou sur les violences conjugales. C'est un document facile d'accès car consultable sur Internet.

• Est-ce une croissance atypique par rapport à celle d'autres pays ?

En effet, c'est peut-être une croissance atypique. Car vous avez un décalage entre un niveau d'alphabétisation relativement bon et une fécondité élevée. Quand on pose la question : « quel est le nombre idéal d'enfants qu'une famille devrait avoir ? », la moyenne de cet idéal est relativement élevée pour Madagascar, car elle est de 4,7 alors que dans un pays comme le Maroc, elle n'est que de 1,8, et pour la Turquie de 1,6. Il existe une grande différence psychologique entre ces pays en voie de développement.

• Estimez-vous qu'à ce rythme, Madagascar rencontrera une explosion démographique ?

Sans être un spécialiste de Madagascar ni de la démographie, j'ai été effectivement amené à me demander comme la population malgache évoluera dans les 40 prochaines années. J'ai inventé des scénarios démographiques. Et contrairement à beaucoup de gens qui sont assez pessimistes, mon scénario montre qu'il existe beaucoup plus de raisons incitant à l'optimisme qu'au pessimisme.

• C'est-à-dire qu'il y aura un ralentissement de cette croissance...

Nous remarquons que la fecondité des femmes est très liée à leur niveau d'instruction. Les mieux éduquées font moins d'enfants, et ce sont les analphabètes qui en font le plus. Et la différence semble assez sensible car l'année où cette enquête a été realisée, par exemple une femme analphabète avait en moyenne 6,5 enfants, c'est qui est beaucoup. Une femme ayant fait l'école primaire avait en moyenne 5,4 enfants, et celle ayant fréqeunté l'enseignement secondaire ou supérieur était mère de trois enfants. Il existe depuis les dix dernières années une dynamique très forte de scolarisation à Madagascar. Des jeunes générations de plus en plus instruites remplacent les vieilles générations, généralement analphabètes. Or, quand le niveau d'éducation augmente, la natalité diminue de façon mécanique. C'est ce qui est en train de se passer en ce moment. Madagascar se trouve dans une phase de transition démographique.

• Quelle sera donc la situation dans quarante ans, selon votre scénario ?

La tendance observée actuellement va s'accélerer dans les prochaines années. L'indice de fécondité, c'est-à-dire le nombre moyen d'enfants qu'une femme met au monde, qui est très élevé avec 4,7 enfants, va beaucoup diminuer et de manière très régulière pour arriver à 2,4 enfants dans quarante ans. En 2050, la fécondité à Madagascar se rapprochera de ce qu'il faut pour que la génération se renouvelle. Quand on pense que la France se retrouve aujourd'hui avec un indice de fécondité de 2,02.

• Y a-t-il un nombre d'habitants idéal par rapport à la superficie d'un pays comme Madagascar ?

Il est difficile de définir un nombre idéal de population. Des pays comme Hong Kong, le Vatican, ou Singapour ont une densité de la population très élevée mais dont le niveau de vie est excellent. D'un autre côté, les pays comme l'Egypte et l'Indonésie ont une densité de population très élevée et un niveau de vie bas. On ne peut pas généraliser, il n'y a pas de règles générales. Une population doit augmenter, mais il faut que cet accroissement suive un rythme soutenable, pas trop élevé par rapport à l'augmentation des ressources.

• Des analyses plus économiques soutiennent qu'un nombre de population élevé équivaut à un plus grand marché, permettant de créer une dynamique au niveau des entreprises et des industries. Qu'en pensez-vous ?

C'est une question intéressante mais difficile à repondre. Le marché, c'est très bien car il en faut. L'Amérique apparaît comme un marché de 350 millions d'habitants, la Chine et l'Inde dépassent chacune le milliard d'habitants. Effectivement, tout porterait à croire qu'il faut une population plus nombreuse pour créer la possibilité d'industrie. Mais il faut rester réaliste car les 20 millions de Malgaches d'aujourd'hui n'atteindront jamais le demi-milliard. Par contre, vous avez le marché commun avec l'Afrique australe, et l'océan Indien. Madagascar a toute la possibilité de trouver ce marché très large, mais avec une croissance démographique moins importante.

• Justement, pouvez-vous développer l'intérêt de cette croissance démographique faible ?

Madagascar a tout intérêt à réduire son taux de croissance démographique et c'est d'ailleurs ce qui va se passer. Cette baisse de la natalité due à la hausse du niveau d'instruction va se répercuter bénefiquement sur la croissance économique et sociale. Les femmes, qui sont concernées par l'amélioration du niveau d'instruction, deviennent de plus en plus conscientes de l'avantage d'une famille à taille réduite. Elles vont aspirer à avoir de moins en moins d'enfants. Par ailleurs, la réduction du taux de croissance démographique fera baisser les investissements sociaux que l'État et la société civile devront faire, au profit des investissements économiques lesquels serviront à accroître la production.

• Avec la limitation de naissance, n'existe-t-il pas un risque qu'il y ait un grand déséquilibre entre le nombre d'hommes et de femmes, d'ici quarante ans ?

Le seul cas de figure où il naît plus d'hommes que de femmes a lieu en Chine et en Inde. On y a beaucoup réduit la natalité et l'on y préfère avoir un garçon plutôt qu'une fille. Dans ces pays, une femme peut être tentée d'avorter si elle prend connaissance que le foetus est de sexe féminin. C'est pour avoir la chance d'avoir un garçon après. Ensuite, la parité homme-femme dans le pyramide des âges à Madagascar est parfaitement équilibré. Il y a très peu de risque qu'il y ait plus d'hommes que de femmes dans le pays.

• Beaucoup de pays développés rencontrent aujourd'hui le problème du vieillissement de leur population. Madagascar ne risque-t-il pas de rencontrer ce phénomène plus tard ?

Madagascar ne devrait pas avoir ce genre d'inquiétude. La population malgache compte aujourd'hui seulement 3% de personnes âgées de plus de 65 ans. Ce chiffre passera à 6% dans 40 ans. Madagascar est très loin du vieillissement européen.

• À quelle étape de cette transition démographique se trouve actuellement la populaiton malgache ?

Madagascar a aujourd'hui déjà accompli les 20% de l'étape initiale de cette transition. La courbe de l'indice de fécondité est déjà en train de baisser fortement. Les 80% restantes vont donc se dérouler dans les 40 années à venir. Madagascar a donc réalisé 20% de sa transition démographique pendant 40 ans, et il y aura une très forte accélération dans les autres 40 prochaines années.



Propos recueillis par
Mahefa Rakotomalala
Source: http://www.lexpressmada.com/youssef-courbage-madagascar/17859--la-demographie-de-madagascar-decroit-.html

Madagascar : Ravalomanana refuse de partir et évoque un référendum

Publié le 16/03/2009 à 12:00 par moindjie
Accompagné de son épouse, le président malgache Marc Ravalomanana salue la foule de ses supporters, lors d'un office religieux devant la résidence présidentielle, le 15 mars. ©AFP PHOTO / ALEXANDER JOE

Retranché dans son palais, le président malgache Marc Ravalomanana a affirmé dimanche qu'il ne démissionnerait "jamais" mais a envisagé d'organiser un référendum pour sortir de la crise l'opposant à Andry Rajoelina. Escorté par des civils armés, le chef de l'État a fait une brève sortie pour participer avec son épouse à un culte religieux organisé près de son palais, situé à une dizaine de kilomètres du centre d'Antananarivo et protégé par ses partisans. Se disant "serein", Ravalomanana a exclu de démissionner comme l'a exigé le chef de l'opposition qui lui a fixé samedi un ultimatum : "Ça, jamais", a-t-il dit devant une foule galvanisée d'environ 5.000 de ses partisans. "Je reste au pouvoir, je n'ai pas peur d'un référendum si c'est nécessaire."

Le sourire forcé du président et ses traits tirés pendant les prières ont fait place à un regain de combativité lors de son discours à ses fidèles qui ont installé il y a plusieurs jours un barrage filtrant près du palais, avec notamment quatre bennes à ordures placées en travers de la route. "Je ne vous laisserai pas seuls dans cette situation. C'est le moment où jamais de montrer à tout le monde qu'on est encore là et qu'on est prêts à se battre jusqu'au bout", leur a-t-il dit. L'un de ses partisans a expliqué être venu pour "défendre le choix du peuple". "On l'a élu en 2006, son mandat expire fin 2011, on ne peut pas revendiquer la fin de son règne (...) On doit défendre la légalité et la légitimité", a martelé celui-ci.

Rajoelina revendique le contrôle de l'armée et du pays

Au centre de la capitale contrôlée par les partisans de l'opposition, Andry Rajoelina, protégé par des militaires, a participé lui aussi à un culte religieux. Réunis sur la place du 13-Mai, haut lieu des rassemblements de l'opposition, environ 3.000 fidèles vêtus de blanc ont prié pour la "fin des ténèbres" et "le retour de la lumière" à Madagascar. Entouré des membres de son "gouvernement", le jeune maire destitué de la capitale, à qui l'armée a apporté son soutien de facto, a très brièvement pris la parole : "Ce que nous voulons mettre en place, nous allons l'exprimer uniquement en prières aujourd'hui." Le chef de l'opposition a ensuite quitté les lieux et ses partisans se sont dispersés dans le calme.

Samedi, Andry Rajoelina a proclamé qu'il "commandait" l'armée et qu'il "dirigeait" désormais le pays à la tête d'une "Haute autorité de transition" censée organiser des élections "libres et équitables" d'ici deux ans. Cette instance, nommée par l'opposition pour remplacer le gouvernement, s'est en outre emparée de la primature désertée. La présidence et le gouvernement ont répliqué que le pouvoir était toujours entre les mains de Marc Ravalomanana.

Face à la détérioration de la situation, une "réunion d'urgence" du Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine a été convoquée pour lundi matin afin d'examiner la situation dans cette île pauvre de l'océan Indien. Le président de la commission de l'UA, Jean Ping, est "gravement préoccupé par l'évolution de la situation à Madagascar" et "exprime ses vifs regrets que l'escalade de la tension n'ait pu être évitée", selon l'UA qui a renouvelé son appel aux parties malgaches "pour qu'elles fassent preuve de retenue". Plus d'une centaine de personnes sont mortes depuis le début de la crise le 26 janvier à Madagascar, qui vit sa pire situation politique depuis l'arrivée au pouvoir en 2002 de Marc Ravalomanana.

Le Point

INTERVIEW - Barth Niava, fondateur du Centre Culturel Africain d'Oslo

Publié le 17/02/2009 à 12:00 par moindjie
Depuis plus de 30 ans, le Centre Culturel Africain d’Oslo (CAK) initie le public norvégien à la richesse de la culture africaine. Militant de l’interculturalité, son directeur artistique et fondateur Barth Niava est convaincu que le dialogue entre les peuples passe par la rencontre et une meilleure connaissance mutuelle

Barth Niava : « Nous contribuons à développer le dialogue entre les peuples » (photo : Sophie Bailly)

Expositions, cours de danse et de percussions, concerts, spectacles, conférences, défilés... Le Centre Culturel Africain d’Oslo (CAK) propose depuis plus de trente ans une belle diversité de manifestations et d’animations. Elles ont pour but d'initier le public norvégien à la richesse de la culturelle africaine. Le Petit Journal a rencontré Barth Niava, son directeur artistique et fondateur, militant convaincu de l'interculturalité. Il a découvert la Norvège lors de ses études au conservatoire de musique en Côte d'Ivoire. Au programme figurait à l'époque le courant romantique en Europe. Barth Niava a choisi pour sujet de mémoire le poème symphonique d'Edvard Grieg, Peer Gynt. Il est venu étudier en Norvège et y a finalement fait sa vie.

Comment vous est venue l'idée de créer, à Oslo, un centre culturel africain ?
Issu d'un milieu intellectuel avec un père syndicaliste, j'ai toujours baigné dans une forme de militantisme. Avec un groupe d'étudiants à Oslo, nous avons fondé le CAK en 1977. C'est une fondation à but non lucratif qui s'inspire de la Déclaration des principes de la coopération culturelle internationale de l'Unesco, édictée en 1966. L'article 5 de ce texte dit, entre autres, que l'échange de connaissances et de savoir entre les peuples est un droit et un devoir. Suivre un cours de danse au CAK aujourd'hui, c'est participer activement à cet échange culturel et partager des valeurs.

Vous faites de 2009, l'année du Mozambique. En quoi cela consiste ?
Tous les ans, notre comité directeur détermine un pays africain comme thème. Nous le faisons découvrir au public sous trois angles : sa littérature, ses arts et son histoire. Pour le Mozambique, le programme est en cours d'élaboration mais nous savons déjà que nous recevrons en mai-juin les Ballets Nationaux du Mozambique, un beau spectacle en perspective !

Les journées de la Francophonie auront lieu en mars. Quelle est l'implication du CAK ?
Sur les 54 pays d'Afrique, 29 sont francophones ! Le CAK participe depuis 2001 au comité de pilotage. Pendant le Festival, nos locaux deviennent un lieu de projection de films réalisés dans les pays de la francophonie. Les projections sont introduites à tour de rôle par les ambassades partenaires qui viennent expliquer au public ce qu'est la francophonie ainsi que l’implication de leur pays respectif au sein de l’organisation. En l'occurrence, la francophonie ce n'est pas seulement la promotion de la langue française dans le monde, c'est aussi le partage des valeurs de démocratie, de paix et de droits de l'Homme.

Tous les samedis après-midi depuis 30 ans, les enfants participent à des animations africaines (photo © CAK)

Avec près de 600 élèves par an, vos cours de danse africaine rencontrent un grand succès. Que viennent y chercher les Norvégiens ?
Au départ, ils ont une idée assez floue de la danse africaine, voire caricaturale avec le pagne en raphia ! Bien sûr, ils viennent chercher le sens du rythme et une certaine euphorie africaine. A l'arrivée, ils découvrent un véritable enseignement, dans un cadre social engagé. Ceux qui ne l'entendent pas ainsi nous quittent, pour les autres, nous avons acquis une vraie image de sérieux et de qualité. Ce qui est particulièrement intéressant avec les Norvégiens, c'est qu'ils sont assez « bruts », vierges de toute idée préconçue. Du coup, ils sont des élèves très attentifs en cours, beaucoup moins analytiques que les Français !

Après 30 ans avec le CAK, vous avez largement contribué à transmettre votre culture.
Que vous reste-t-il à faire ?
Je souhaite continuer de valoriser les apports de la diaspora africaine dans le monde. On minimise, ou on oublie parfois, les apports de l'Afrique dans le développement de la culture universelle. Savez-vous par exemple que le tango argentin est à l'origine... africain ! Le mot tango signifie « lieu de rencontre » en Bantou, en référence à une danse rituelle d'Afrique centrale, le candombé. On l'a retrouvé lors des carnavals d'Amérique latine, mais considéré comme trop noir, le tango a été banni dans les années 40 par le péronisme en Argentine... pour être recodifié et réintroduit dans sa forme actuelle. Le malheur pour l'Afrique aujourd'hui, c'est que les détenteurs du savoir traditionnel, à force de ce phénomène « d'encapsulation », ont cessé de transmettre. C'est pourquoi, en ce qui concerne nos programmes au CAK, nous allons chercher nos intervenants à la source, souvent dans des milieux ruraux afin d'offrir à la Norvège une Afrique authentique. Le choc culturel est garanti !
Propos recueillis par Sophie BAILLY (www.lepetitjournal.com Oslo) mardi 17 février 2009

Pour en savoir plus : www.cak.no
http://www.lepetitjournal.com/content/view/36531/2330/

Histoire de MayotteEntretien avec le professeur Jean Martin

Publié le 15/02/2009 à 12:00 par moindjie

Professeur émérite d'histoire à l'Université de Lille III, spécialiste de la colonisation et de la décolonisation, du monde musulman au XIXe siècle, ainsi que des Comores, Jean Martin nous raconte Mayotte.
Jean Martin est l'auteur d'un ouvrage conséquent sur cet archipel africain de l'océan Indien. Le livre « Comores, quatre îles entre pirates et planteurs » a été publié en 1983 et 1984 aux Editions l'Harmattan.

On va évoquer l'archipel des Comores et l'une de ses îles Mayotte. Dites-nous : « Rêvez-vous d'île plus verte que le songe... ?
Jean Martin : Dixit Saint-John Perse qui disait « J'ai rêvé d'île plus verte que le songe ». Oui, je crois que je suis très insulaire. On m'a souvent fait remarquer, pas très charitablement, que ça correspondait à une faille de caractère, mais j'ai toujours aimé les îles. « Je suis un homme des îles qui regarde passer les cargos » a dit l'écrivain Le Clézio, plus près de nous.

Quand avez-vous entendu parler pour la première de cet archipel des Comores ?
Jean Martin : Cela remonte à mon adolescence. Il y avait dans le grenier de mes grands-parents de vieux livres que plus personne ne lisait sauf moi. Notamment un ouvrage, qui datait de 1890 environ, qui s'appelait « Nos colonies », qui passait en revue tous les territoires de l'empire colonial français et c'est comme ça que je me suis attardé sur Mayotte et les Comores de manière générale.

Ce qui vous a amené, par la suite, à travailler de manière gigantesque à un double ouvrage intitulé « Comores, quatre îles entre pirates et planteurs » ; avec un premier tome consacré aux razzias malgaches et les rivalités internationales du 18e siècle à 1875 et un second tome sur la genèse, la vie et la mort du protectorat. Pourquoi un tel travail ?
Jean Martin : Ma curiosité pour les Comores s'explique de deux manières. D'une part, mon intérêt pour les îles, je viens de vous en parler. Ce qu'on appelle le mezzophilie ou plus simplement le tropisme insulaire. J'ai toujours aimé les sociétés insulaires et d'autre part mon attrait pour l'islam. Or aux Comores, les deux se rejoignent : l'insularité et l'islam. J'étais en quête d'un sujet de thèse et celui-là m'est venu tout naturellement à l'esprit.

Dans l'avant-propos de votre ouvrage « Comores, quatre îles entre pirates et planteurs », vous écrivez, je vous cite « En entreprenant de l'histoire de l'archipel des Comores, de l'île de Mayotte et des sultanats de Mohéli, Anjouan et la Grande Comore à la fin du 18e siècle jusqu'à 1912, nous avons surtout envisagé de nous livrer à une étude de l'histoire de la colonisation, celle de l'instauration des Européens dans l'archipel, de leur pénétration fortuite et timide, de leurs rivalités, pour finir par la prise de possession des Comores par la France et d'une domination mal acceptée. Plus d'un siècle allait voir les quatre îles passer de sultanats africains traditionnels à celui de morne dépendance d'une grande puissance coloniale. » Que voulez-vous dire par « d'une domination mal acceptée » ?
Jean Martin : Le problème est que les Français s'établissent à Mayotte en 1843, après un traité passé en 1841, après un traité qui leur avait cédé la possession de l'île. Puis, ils établissent leur protectorat en 1886 sur les trois autres îles de l'archipel : Grande Comore, Mohéli et Anjouan. Cette domination française d'une grande puissance européenne n'a pas bien été acceptée par les Comoriens. Elle a engendré des révoltes. Si à Mayotte, il n'y a pas eu beaucoup de mouvements de résistances parce que l'île de Mayotte était peu peuplée, il y a quand même eu un soulèvement en 1856 avec la « Révolte de Bakari Koussou ». Les travailleurs des plantations, qui étaient assez maltraités, se sont révoltés. Ce qui a mis un instant, n'est-ce pas, l'ordre colonial. Quant aux trois autres îles, il y a eu des mouvements de résistance spectaculaires notamment à Anjouan en 1891. Il y a eu une révolution des paysans pauvres et des esclaves qui a menacé le protectorat français très sérieusement. Il a fallu évacuer l'île et la reconquérir au prix d'une expédition militaire.

Qui était Bakari Koussou ?
Jean Martin : Je ne connais pas grand-chose de lui. Je suis allé à Mayotte et je n'ai pas pu recueillir beaucoup d'informations à son sujet. C'était un Sakalave. La population de Mayotte est mélangée culturellement parlant s'entend. Vous avez des individus de langue comorienne et des individus qui représentent peut-être le tiers de la population qui sont de langue malgache. Ils parlent principalement la langue sakalave et aussi dans certains villages la langue betsimisaraka, par exemple dans la baie de Bouéni. C'était un sakalave, un compagnon d'un des derniers sultans de Mayotte : Adrian Tsouli. Ce dernier a vendu son île aux Français moyennant une rente de 5 000 francs par an et quelques autres avantages. Bakari Koussou estimait peut-être que l'on ne l'avait pas suffisamment récompensé du rôle qu'il prétendait avoir joué dans la cession de l'île à la France. Toujours est-il qu'il a exploité le mécontentement des travailleurs des plantations sucrières et coloniales, mécontentement très grand et très justifié et qu'il a fomenté, donc, un soulèvement en 1856.

Vous dites qu'il était originaire d'un village qui aurait aujourd'hui disparu ?
Jean Martin : C'est le village de Bouyouni. Bakari Koussou est désigné par les documents d'archives comme le chef de ce village ; c'eut été un village peuplé de Mayottais d'origine malgache. Or ce village n'apparait plus ou n'apparait plus comme peuplé de malgaches. Les habitants parlent la langue comorienne.

Sait-on à quel endroit ce village se situait ?
Jean Martin : Pas exactement, vous savez il y a des déplacements. Les gens pratiquaient la culture sur brulis. Ce qui fait qu'il y avait des déplacements constants de populations et de village. Des villages qui se trouvaient à tel endroit, dix ans ou quinze ans plus tard, n'apparaissent plus au même lieu.

Ces Malgaches dont vous parlez est-ce des Malgaches arrivés aux premiers temps de l'histoire du peuplement des Comores ou alors sont-ils seulement cette vague d'hommes issus de la cour du roi d'origine malgache Adrian Tsouli fuyant son royaume du Boina au Nord-Ouest de Madagascar ?
Jean Martin : Il y a plusieurs hypothèses sur le peuplement des Comores, donc de Mayotte. Mais, il est vraisemblable que beaucoup de ces gens de langue malgache, car on hésite à les appeler Malgaches, sont en fait les anciens habitants de Mayotte. Les gens de langue swahilie, qui parlent shi-maoré (le mahorais) seraient venus par la suite. Les Comores étaient une passerelle entre la côte orientale de l'Afrique et Madagascar. Ces Malgaches comme on les appelle ici correspondent aux Austronésiens. Ils étaient aussi présents sur les autres îles de l'archipel. Ce seraient des habitants venus du Sud-Est asiatique et qui seraient venus peuplés les Comores et Madagascar. Cette hypothèse est une hypothèse parmi tant d'autres. Vous savez il y a beaucoup de controverses. Il y a dans les universités d'Afrique du Sud des tenants de la thèse des bantous qui vous diront que les Bantous ont peuplé les Comores avant toute autre population. Ce qui est quand même difficile à admettre. Les Bantous n'ont jamais été de grands constructeurs de bateaux qui auraient fabriqué des barques suffisantes pour gagner les Comores à partir de ce qui est aujourd'hui le Mozambique.

Revenons à la personnalité d'Adrian Tsouli. On en entend souvent parler, mais qui est-il vraiment ? Avait-il vraiment un rôle fort dans la politique locale ?
Jean Martin : Non. Il suffit de lire attentivement ce que j'ai écrit, parce que c'est évidemment assez complexe. C'est un chef du Boina, région côtière donc sakalave du Nord-Ouest de Madagascar, qui est en difficulté parce que l'île de Madagascar est en voie d'unification politique. Les Mernes, les habitants du plateau central, sont en train d'unifier l'île. Je crois que le roi qui régnait dans ce qui est aujourd'hui Tananarive ou Antananarivo vers 1800 avait dit à son fils : « Souviens-toi que ta rizière n'a d'autres limites que la mer ». Ce qui veut dire que les Mernes ont vocation à unifier l'île sous leur autorité bien évidemment. Tous ces chefs des royaumes périphériques se sentaient menacés. C'est ce qui amène Adrian Tsouli à émigrer à Mayotte à se mêler aux guerres incessantes qui opposent les sultans comoriens entre eux. A Mayotte, Adrian Tsouli se convertit à l'Islam, la religion pratiquée sur place, dans l'unique but de se faire admettre par la population et prend le nom de Sultan Boubah Sadiq. Il a été accepté un temps par une partie de la population. Mais, il n'avait pas beaucoup d'illusions sur la longévité de son installation à Mayotte et il savait tôt ou tard que les sultans d'Anjouan qui disposaient de forces armées bien supérieures aux siennes allaient probablement le déloger avec l'aide d'un chef betsimisaraka qui s'était établi près de la baie de Bouéni, dans le Sud de Mayotte, qui s'appelait Adrianavi. Il y a d'ailleurs une montagne au Sud de Mayotte qui s'appelle le « Boundru Dranavi » : la colline d'Adriananavi. Evidemment cette île dont il risquait fort d'être bientôt chassé mieux valait la vendre au plus offrant pendant qu'il était encore temps. C'est ce qui l'amène à vouloir céder « son île ». Il l'aurait tout aussi bien vendue à l'Angleterre. Mais les Anglais n'étaient pas très désireux de l'acquérir et même un missionnaire religieux et un agent politique, le Révérend Griffith a adressé à Adrian Tsouli une lettre très dure rédigée en termes très menaçants : « You are a bad man and disshevelled » etc.... Enfin bon, une lettre pleine de menaces.
Par bonheur pour Adrian Tsouli en 1840 puis en 1841, Monsieur Passot envoyé de l'amiral De Hell, gouverneur de Bourbon, qui est aujourd'hui La Réunion, fait escale à Nosy Be. Il traite avec la reine, une cousine et/ou nièce d'Adrian Tsouli, une petite reine sakalave, vend volontiers son île à La France et aussitôt Adrian Tsouli écrit à Passot qu'il voudrait bien se lier à la France par un traité analogue. Car, d'une part, il est en danger, par la menace des Anjouanais représentent pour lui et puis bien entendu il aime la France depuis toujours. N'insistons pas sur cet aspect des choses. L'année suivante en Avril 1841, Passot revient à bord d'un petit navire de guerre, « Le Colibri ». Il fait escale à Mayotte et considère que c'est une rade magnifique. Les Français recherchent une compensation à la perte de l'île de France, de l'île Maurice, qu'ils avaient perdu en 1815. Ils ne se consolaient pas de la perte de la rade de Port-Louis. Cette belle rade, ils pensent l'avoir trouvé à Mayotte. C'est comme ça que la transaction se fait assez rapidement. Adrian Tsouli recevra une pension de 1 000 piastres - piastre d'Espagne ou Taller de Marie-Thérèse, ça équivaut à 5 francs de l'époque -, donc 5 000 francs par an. Deux de ses deux enfants pourront être élèves à l'île Bourbon dans un collège s'il le désire et il aura quelques autres gratifications et cadeaux ; voilà l'essentiel du traité.

Comment Adrian Tsouli était-il perçu par la population indigène ?
Jean Martin : Il était bien accueilli par la population sakalave, mais les Mahorais proprement dits devaient très mal admettre sa domination. Il faut dire que les Mahorais étaient très peu nombreux. La population de l'île pas estimée à plus de 5 000 habitants à cette époque-là. Certes, il n'y a pas eu de comptabilité précise ni de recensement. Il y avait fort peu d'habitants. L'île avait été dévastée par des guerres entre Ramanetaka, un autre chef malgache convertit à l'islam et établit sur l'île voisine de Mohéli, et les sultans d'Anjouan. Puisque Mayotte était un théâtre d'affrontements et beaucoup d'habitants s'étaient enfuis.

Qui régnait à Mayotte avant Adrian Tsouli ? A qui revient la légitimité du pouvoir ?
Jean Martin : Il est difficile de parler de légitimité. Il y avait une dynastie régnante à Mayotte, un mfaoumé (un sultan). Le dernier connu s'appelait Boina Combo. Mais, il a été tué par Ramanetaka au cours des guerres qui l'opposait à Mohéli.

Que pensez-vous de l'appellation : « Comores, l'archipel aux sultans batailleurs » ?
Jean Martin : Le terme n'est pas de moi, mais d'un historien français [Urbain Faurec], l'auteur d'un petit ouvrage intitulé « Les Comores, l'archipel aux sultans batailleurs ». Il y a quand même eu beaucoup de conflits dans l'histoire de l'archipel des Comores : des conflits dynastiques, des luttes intestines à l'intérieur de chaque île et des luttes qui opposaient les îles les unes aux autres. On ne peut pas le nier.

On ne parle de la France comme le royaume aux princes batailleurs. Pourtant la France n'a pas manqué de conflits de ce genre, notamment au Moyen-Age...
Jean Martin : L'exemple du Moyen-Age chrétien occidental est très bon. Il est évident qu'il y avait des guerres presque constantes entre les seigneuries du territoire français et du territoire allemand, de l'Europe occidental. Quand apparaissent les grand Etats nationaux et que ces guerres féodales et seigneuriales prennent fin apparait le phénomène des grandes compagnies. Les guerriers au service de tous ses seigneurs se mettent à piller le pays et à le dévaster comme ils l'ont toujours fait. Le pape trouve un moyen très ingénieux de se débarrasser d'eux en les envoyant combattre à Jérusalem en leur disant vous allez délivrer le tombeau du Christ tombé aux mains des musulmans. Or, chacun sait que les musulmans n'ont jamais empêché les pèlerins chrétiens d'aller se rendre dans les lieux Saint d'Al-Qods. Mais, il suffisait de le dire. C'est comme ça que les chrétiens sont partis pour la Palestine.

Pour le cas des Comores, ces luttes étaient loin d'être à l'image du haut et du bas Moyen-Age. Elles n'étaient sanguinaires et encore moins meurtrières, si l'on se rapporte à l'ouvrage de Damir, Boulinier et Ottino sur « Histoire, d'une ligne royale à la Grande Comore ».
Jean Martin : Oui. Une bataille acharnée aux Comores, c'était une bataille où l'on relevait sept morts sur le terrain. Dieu merci, ce n'était pas les guerres sanglantes auxquelles le 20e siècle nous a fait assister. Les royaumes de la Grande Comore étaient en voie d'unification. Encore au 18e siècle, Anjouan était diffusée en deux sultanats Domoni et Mutsamudu. Il y a eu une unification de l'île sous le règne d'un sultan Aboubacar Bin Salim du nom de Sultan Ahmed (je crois). Depuis, une cheffesse coutumière régnait à Domoni, une royauté traditionnelle. Anjouan étant un Etat unifié s'impose forcément aux autres îles. Je pense qu'à la Grande Comore, le processus était beaucoup plus lent. Sans l'intervention coloniale française, les Grand Comoriens auraient, je pense, terminé le processus d'unification de leur île et l'auraient transformée en sultanat unique. C'est que Saïd Ali Mfaoumé a fait me direz-vous. Mais il l'a fait avec l'aide du colonisateur. Cette unité aurait été faite fatalement au profit d'un des principaux lignages Inya Fwambaya et Inya Matswa Pirusa, ceux de l'Itsandra ou du Bambao. Le clan Mdombozi, dans le Mbadjini au Sud de l'île, n'aurait pas eu les moyens d'imposer sa domination à l'ensemble de l'île.

Quand êtes-vous allé à Mayotte pour la première fois ?
Jean Martin : J'ai mis les pieds à Mayotte pour la première fois, c'était en 1967 et puis après j'ai été invité par la collectivité territoriale bien plus tard.

Lorsque vous mettez les pieds dans cet archipel pour la première fois, quelles ont été vos impressions ?
Jean Martin : Certainement, on est dépaysé. On croit être dans un carrefour de civilisations. On a l'impression d'être à la pointe extrême de la civilisation malayo-polynésienne. Quand vous regardez certains villages de Chiconi à Mayotte, vous avez vraiment l'impression d'être dans certains villages indonésiens à Sumatra ou à Java. L'avance extrême des Malayo-polynésien et l'avance orientale des swahilis. Quoiqu'il y a quelques villages swahilis à Nosy Be.

L'aspect swahili et africain est plus fort à la Grande Comore ?
Jean Martin : Certainement et peut-être moins fort qu'à Anjouan. Cette île est quand même la plus proche de la côte africaine. Elle a dû servir très longtemps de dépôt d'esclaves, transportés par boutres depuis la côte de Mozambique. Il y avait quelques individus de langue malgache sur l'île de Mohéli à Ouallah. Certains disent que ce sont les descendants des guerriers du sultan Abderrahmane (Ramanetaka), qui est mort vers 1840 dans cette île. La fille Djumbe Fatima a eu des aventures très connues...

Quelle est la particularité de Mayotte dans l'archipel des Comores ?
Jean Martin : Elle n'a jamais été protectorat. Elle est devenue colonie française quand les Français en ont pris possession en 1843. Elle a été beaucoup plus imprégnée par la présence française que les trois autres îles des Comores. D'autre part, il y a eu un colonat important de gens, de petits colons, venus de La Réunion, qui ont développé durant un certain temps la production sucrière et par la suite celle des plantes à parfum. Avant 1841, Mayotte me parait avoir été plus ou moins une dépendance d'Anjouan, il y a bien une liste de sultans que j'ai donnée dans cet ouvrage mais j'ai l'impression que les sultans en question étaient des vassaux de ceux d'Anjouan, qui leur payaient tribut. Et des liens familiaux existaient entre les deux familles régnantes. Les sultans d'Anjouan prétendaient que les sultanats de Mayotte et de Mohéli leur appartenaient. Mohéli, ça ne fait pas de doute. Elle était une dépendance d'Anjouan. Mayotte, ça dépendait de la puissance des sultans d'Anjouan ; tantôt Mayotte se déclarait indépendante.

On rapporte que le dialecte comorien d'Anjouan et celui de Mayotte [comorien oriental] seraient similaires avec quelques variantes d'accent comme on dit également que le dialecte comorien de Mohéli serait plus proche de celui de la grande Comore [comorien occidental]...
Jean Martin : Cela ne m'étonnerait. Cela confirmerait la thèse de liens très étroits entre Anjouan et Mayotte. Mohéli était comme une réserve agricole et d'élevage pour les sultans d'Anjouan.

Est-ce que ce rapport de classe est à l'origine des problèmes que rencontrent au quotidien les Anjouanais à Mayotte ?
Jean Martin : Les Anjouanais sont mal vécus à Mayotte ; mais sont-ils bien vécus à Ngazidja [Grande Comore] ? Beaucoup de Grand Comoriens m'ont dit qu'ils supportaient mal la présence des Anjouanais. Anjouanais signifient « petits boutiquiers âpres au gain » et autres... Comme il y a beaucoup d'Anjouanais en service à Mayotte parce que cette île a été plus développée, leur présence n'est pas toujours bien admise.

Mais est-ce que les choses vont aussi loin à la Grande Comore. Anjouanais est devenu un terme générique...
Jean Martin : Oui, à Mayotte, « Anjouanais » est devenu un terme générique pour désigner tout immigrant indésirable. Cela ne m'étonne pas, c'est lié au statut de Mayotte, qui est restée dans la République française et qui essaie par tous les moyens de se prémunir contre l'immigration sauvage.

Mayotte n'aurait jamais un protectorat mais une colonie...
Jean Martin : Une colonie avant l'ensemble comorien. C'était une petite colonie dès 1843, puis en 1886, les trois autres îles deviennent des protectorats. Elles ont un résident qui représente la France. Pendant ce temps-là, le sultan règne et continue de rester en place. En 1912, il y a une loi qui annexe les îles, qui supprime les souverainetés indigènes [régime du sultanat]. Les trois îles sont annexées et il y a une colonie de Mayotte et dépendances ou des Comores. Cette colonie deviendra pendant un temps une province administrée par le gourneur général de Madagascar. En 1975, le président Ahmed Abdallah proclame l'indépendance unilatérale des Comores. A ce moment-là les Mahorais s'y opposent et obtiennent de [la France] de former une collectivité territoriale de la République française.

Ce fameux référendum n'a pas tenu compte de l'avis de la population comorienne (Anjouan, Mayotte, Grande Comore et Mohéli). Ce fut un décompte île par île et non global comme dans toute consultation démocratique...
Jean Martin : Il a tenu compte des populations comoriennes. Il y avait un pluriel qui avait son importance après consultation non pas de la population mais des populations. C'est ce sur quoi les Mahorais se sont appuyés pour dire évidemment que l'indépendance avait été rejetée localement par la population de Mayotte. Mayotte n'avait donc pas à suivre le chemin des trois autres îles.

Dans votre ouvrage, vous dites : « Les Comores sont exigües et il pouvait apparaître douteux que leur histoire put faire l'objet d'un travail de quelconque importance ». Cette exigüité appelle t-elle un même ensemble comorien avec une même population ou plusieurs populations ?
Jean Martin : Je serais tenté de vous répondre qu'il y a des populations comoriennes, puisqu'on voit actuellement que les Comoriens, je parle de l'ex-République islamique, paraissent rechercher une formule fédérale assez souple, qui respecte l'identité culturelle de chaque île.

N'empêche qu'en 1975, l'ensemble des habitants de l'archipel des Comores (Anjouan, Mohéli, Mayotte et Grande Comore) avaient choisi massivement d'accéder à l'indépendance, donc de fuir la tutelle française. Au moment où les Comoriens ont marqué leur volonté manifeste d'indépendance, il n'y avait aucunement la volonté chez eux de voir quatre exécutifs à la tête de cet Etat-Nation.
Jean Martin : En effet, cette volonté [d'une formule fédérale] se serait manifestée par la suite. C'est évident.

Le référendum qui donne l'anti-indépendance à Mayotte et lui permet de se maintenir dans le giron français était-il légal ?
Jean Martin : Il y a un principe fondamental de l'Organisation Africaine qui est l'intangibilité des frontières coloniales. Comme vous le savez en Afrique, les Etats se sont formés dans les frontières qui avaient été celles de défuntes colonies et les dirigeants africains ont eu pour principe, à quelques exceptions près, de respecter cette règle fondamentale. On ne peut que les en approuver, autrement ils auraient précipité le continent africains dans des guerres à n'en plus finir s'ils avaient voulu revenir sur les frontières tracées, arbitrairement il est vrai, par le colonisateur. Mais toute frontière est arbitraire. On dit aussi qu'en Afrique continentale, il y a des tributs, des ethnies par des frontières arbitrairement établies par les colons. Mais croyez-vous qu'en Europe on n'observe pas la même chose ?
Croyez-vous qu'il n'y a pas de Basques des deux côtés de la frontière franco-espagnole, qu'il n'y a pas de Catalans des deux côtés de la frontière franco-espagnole, qu'il n'y a pas de Flamands dans le Territoire français et dans le territoire de la Belgique ? Et ainsi de suite, je pourrais multiplier les exemples. Toute frontière est une convention arbitre. Alors pour les archipels, c'est plus difficile et il y a souvent des ruptures. Vous en avez un exemple, il y a pas très longtemps en Indonésie, quand l'île indonésienne de Timor (oriental), qui n'avait pas été colonisé par les Pays-Bas mais par les Portugais à la différence du reste de l'archipel, a fait sécession. Cette sécession a été reconnue par la collectivité internationale.

Ce n'est pas le cas de Mayotte.
Jean Martin : Oui, ce n'est pas le cas pour Mayotte, car le colonisateur était le même.

Comment l'historien que vous êtes, spécialiste des Comores et de la colonisation, voit-il la manière de certains individus à vouloir séparer l'histoire de Mayotte de l'ensemble de l'archipel des Comores ?
Jean Martin : C'est certainement une erreur de vouloir étudier Mayotte séparément des trois autres îles Comores. Il est évident qu'il y a une très grande analogie linguistique, culturelle, historique entre Mayotte et Anjouan, Mohéli et Grande Comore. Même si le régime politique de Mayotte est différent - on ne sait pas ce que sera l'avenir, mon métier est de connaître le passé et non de prévoir l'avenir, Mayotte est une des Comores.

Est-il juste de comparer la société mahoraise à la société créole, à la société réunionnaise ?
Jean Martin : Ah non ! La société mahoraise n'est pas une société créole. La société réunionnaise a été faite de toute pièce puisque cette île était parfaitement vierge de toute présence humaine quand les Français s'y sont établis. Les Français ont été des Français, des Malgaches, des esclaves noirs, puis des coolies, des Indiens etc... C'est ainsi que s'est fait le peuplement créole réunionnais, par ce mélange, cette juxtaposition. Mayotte a été vraisemblablement peuplée par les habitants de la zone costière de l'Afrique, les Swahilis. Le mot sahel vient de l'arabe, littoral. Ce sont ces habitants qui auraient, semble t-il, transporté des esclaves noirs de la côte d'Afrique aux Comores. Il y a toujours eu une pénétration d'Arabes venus de la péninsule arabique en petit nombre mais en continu. Ces Arabes par la religion ont imposé leur langue, au moins amené de nombreux mots de leur langue. Ce qui fait que la langue comorienne comporte aujourd'hui une syntaxe et de nombreux mots arabes. Je ne vois donc rien de comparable entre la société mahoraise et la société créole.

Quel lien entretient les Comores avec l'esclavage ?
Jean Martin : L'esclavage devait être dans l'ancienne société comorienne, notamment au 18e siècle, une pratique assez courante. C'était l'esclavage musulman traditionnel. Vous pouvez vous rapporter à l'article « Abd » dans l'encyclopédie de l'Islam. C'était un esclavage patriarcal pour la bonne raison qu'il n'y avait pas d'économie de plantations très importante. Mais par la suite, avec la demande émanant des Mascareignes (Maurice [île de France], Réunion [île Bourbon]), les Comores vont devenir un pivot du trafic négrier parce que les sultans comoriens comprennent tout le bénéfice qu'ils peuvent tirer du commerce des esclaves. Ils vont chercher des esclaves dans la côte d'Afrique, par navigation par boutre. Ils sont amenés à la Grande Comore, à Anjouan et également à Mohéli et les sultans locaux les revendent aux Européens avec des navires de plus fort tonnage. Puis en 1848, l'esclavage est aboli dans les colonies françaises, en 1833, il l'avait été dans les colonies britanniques, alors ce trafic prend fin. Mais il s'y substitue un autre trafic qui n'est qu'une autre forme déguisée de l'esclavage : le trafic des engagés libres. C'est-à-dire que les sultans comoriens continuent de faire venir des esclaves puisqu'eux ne l'ont pas aboli dans leurs Etats.
Des navires viennent de La Réunion ou de l'île Maurice en présence d'un délégué de l'administration, un individu monte sur le bateau. Il répond « ewa [oui] » à une question posée dans une langue qu'il ne connait pas. Et il se retrouve engagé, pour cinq ans, dans les plantations qui se trouvent à Mayotte, l'île Maurice ou à La Réunion. Au 17e siècle, il y avait peu de rapport entre La Réunion et les Comores, parce que les Comores étaient une escale empruntée par les navires de la route des Indes surtout à l'aller. Beaucoup d'entre eux passaient par le canal du Mozambique qui touchait Anjouan et quelque fois la Grande Comore et plus rarement Mayotte, car on connaissait mal le lagon. Mohéli n'offrait pas beaucoup de ressources. Les relations des Comores avec La Réunion se développent au tournant du 18e et du 19e siècle quand les invasions malgaches s'abattent sur les Comores. Il y a dans la période 1880/1785-1810/1815 des razzias malgaches qui s'abattent sur l'archipel des Comores et déciment sa population. Le but de ces invasions est de se procurer des esclaves que l'on ramène à la côte malgache et qui sont ensuite vendus, par exemple à Tamatave, aux négriers des Mascareignes ou d'ailleurs. C'est sûr que parmi les premiers habitants de La Réunion et de Maurice, il y avait des Comoriens.
Concernant les Comores et La Réunion, on sait aussi que certains sultans ont été invités par le gouverneur de Bourbon. En 1842, il y a eu une révolution à Anjouan et un prince comorien Saïd Hamza El Macela s'est réfugié à l'île Maurice pour des raisons de conflits dynastiques. Le sultan Saïd Ali ben Saïd Omar, suzerain de la Grande Comore, a été déporté à La Réunion par le colonisateur. C'est à la fin du 19e siècle, quand le planteur français Léon Humblot l'a fait impliquer dans un meurtre dont il était parfaitement innocent et l'a fait déposer par les autorités françaises, notamment le gouverneur Lacascade. Il avait été déporté d'abord à Madagascar, il n'y est pas resté très longtemps et ensuite à La Réunion, où il a attendu que justice lui soit rendu. Parmi ses enfants, certains sont nés à Madagascar et à La Réunion.Surl'îleBourbon,ilaeudesenfants avec une femme créole.

Est-il vrai que la France a envoyé des Comoriens jusqu'au bagne de Guyane ?
Jean Martin : De la Nouvelle-Calédonie, je l'ai entendu dire et c'est certain. De Guyane, je n'en ai jamais entendu parler. Il s'agissait d'opposants politiques lors de la révolution de 1891 à Anjouan et à d'autres mouvements de résistance à la Grande Comore. Il y a eu, en quelque sorte, des résistants comoriens internés, un temps, à la Nouvelle-Calédonie. Et je pense que certains se sont fixés dans cette île. Il y a en Nouvelle-Calédonie, à Bourail, que l'on appelle le village kabyle, le col des Arabes ou le village des Arabes, qui est un village musulman - vous pouvez voir le cimetière et une mosquée et une école coranique construites par des fonds saoudiens, et les habitants de ce village sont très mélangés.
Il y a des descendants d'Algériens déportés après la révolte de Mokrani en 1871, des Kabyles donc, il y a des descendants de Comoriens et tout cela s'est mélangé. Ces déportés Kabyles ou Comoriens ont eu des femmes mélanésiennes de sorte que cela a abouti à une population fortement métissée. Il y a parmi eux des Indonésiens musulmans qui sont venus s'ajouter librement. Tous ont en commun la religion musulmane. Aujourd'hui, ils seraient assez hostiles à l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie et seraient plutôt loyalistes, partisans des liens avec la France.

Actuellement on parle beaucoup de l'évolution statutaire de la collectivité départementale de Mayotte. A Mayotte, les habitants souhaitent majoritairement voir leur île évoluer en département français quand dans les autres territoires d'Outre-mer français les habitants tendent vers plus d'autonomie. Comment voyez-vous cela ?
Jean Martin : Oui... Cela parait assez singulier. Je pense que l'attachement des Mahorais à la République française n'est pas peut-être pas entièrement désintéressé si vous voulez mon sentiment. Les lois et les avantages sociaux auxquels peuvent prétendre les Mahorais ne sont pas un argument mineur dans leur détermination à rester français. C'est ainsi que je vois les choses ; ça contribue à faire de Mayotte une espèce d'eldorado pour la population comorienne des autres îles, notamment d'Anjouan qui vit très difficilement. Cela ne fait pas une situation très saine, parce que les Mahorais sont une population d'assistés et vous avez des Anjouanais qui sont souvent en situation irrégulière qui sont sous-payés par les Mahorais pour effectuer tout le travail qu'il y a à faire. C'est d'ailleurs la même chose en Guyane avec les Surinamais qui viennent s'y établir et c'est pareil en Martinique et en Guadeloupe où l'on voit des Haïtiens, qui viennent faire les gros travaux d'agriculture, de bâtiments et travaux publics sous-payés.

Que pensez-vous du terme d'immigrés clandestins, concernant les ressortissants comoriens des îles d'Anjouan, Mohéli et de Grande Comore, utilisész à Mayotte ?
Jean Martin : Le déplacement des ressortissants comoriens des trois autres îles des Comores vers Mayotte est, en effet une migration. Mais à partir du moment où Mayotte constitue une collectivité départementale de la République française, il y a une frontière. Autrement c'est une population qui a toujours eu coutume de se déplacer d'une île à l'autre. Depuis toujours, il y a eu des Grand Comoriens [et des Anjouanais] établit à Mayotte.

Younoussa Bamana, ancien édile et figure du combat pour la départementalisation française de Mayotte, déclarait : « On peut toujours pisser au sommet du Mont Shoungui, mais la pisse retombera toujours en bas ». Une façon assez directe de dire que l'instauration de visas en 1995 et le gonflement des effectifs de la police maritime ainsi que la montée de radars n'empêchera pas les Comoriens des trois autres îles de venir à Mayotte.
Jean Martin : C'est évident que ce n'est pas avec les bras qu'on arrête la mer. Il n'y aurait pas une île où l'argent coule à flot et les autres crèveront de faim... comme à Anjouan. Il y aura forcément une transfusion.

Les Mahorais ont-il vraiment plus à y gagner ?
Jean Martin : Il m'est difficile de répondre. Les Mahorais paraissent satisfaits actuellement de leur statut. Est-ce qu'ils le seront tout autant dans trente ou dans cinquante ans ? Je n'en sais rien. Le droit local a déjà subi des modifications, la polygamie est en voie de disparition. Mais vous savez la polygamie est en voie de disparition dans la plupart des pays musulmans. A la Grande Comore, par exemple, c'est rarissime. Il est très rare de trouver des jeunes femmes de moins de 40 ans qui acceptent le mariage polygame. Par rapport aux avantages sociaux qu'ils retirent de leur statut français, c'est quand même peu de choses. Le droit local ? Je ne sais pas s'ils se battront beaucoup pour un statut que beaucoup de pays musulmans tendent à abandonner peu à peu. Le Maroc a adopté un nouveau code de la famille qui rend la polygamie très difficile.

Quelle est la particularité de cet islam mahorais ?
Jean Martin : C'est le même dans toutes les Comores. Les Comoriens sont musulmans sunnites de rite shaféite. C'est un islam confrérique avec des mosquées de type indonésien qui subit l'influence de l'Indonésie. C'est-à-dire des mosquées sans minarets. Les confréries sont assez bien développées, notamment la shaduliya. Il y en a d'autres comme la qadriya etc... La shaduliya serait la plus développée si l'on en juge la grande mosquée qu'ils ont construite à Moroni à la Grande Comore, où se trouve le mausolée du grand marabout El-Maarouf. Il est mort en odeur de sainteté en 1904 sur cette même île. Un islam confrérique, mais un islam bien vivant. Il est peu probable qu'il y ait des courants extrémistes. Il y a bien sûr des collèges islamiques qui se sont crées. Le problème est que ces gens ne trouvent pas d'emplois. Avec un cursus uniquement religieux, difficile de trouver à s'employer.

L'Etat civil mahorais va être francisé, figé...
Jean Martin : Mais on est passé d'une civilisation de l'oralité à une civilisation de l'écrit. Les Comoriens ont toujours eu une écriture, mais c'était avant tout pour des textes religieux, de chroniques historiques, littéraires et aristocratiques. Ce n'était pas pour une écriture administrative. Or, maintenant il faut se doter d'une écriture administrative et fixer les règles de la langue comorienne ou des langues comoriennes. Je ne crois pas que ce soit une très bonne chose comme certains auteurs qui écrivent en français qui vous parlent de Ndzouani, Ngazidja, Moili ou Maore. Quand on écrit en Français, on doit désigner une île, une ville, un territoire quelconque par son nom français. Je vous parlerais de Pékin et non de Beijing, de Londres et non pas de London. Je ne vois pas l'intérêt de recourir à des termes que les Comoriens ont parfaitement le droit d'employer dans leur langue.

Aux Antilles, les Antillais ont imposé l'enseignement du créole à l'école... N'y a-t-il pas un travail a effectuer sur le dialecte shi-maore, notamment son enseignement ?
Jean Martin : Certainement, il y a des travaux à faire au niveau linguistique. Ce qui risque d'arriver c'est que le français se répande très largement à Mayotte et que le shi-maore soit marginalisé. Il serait très ennuyeux que cette langue ne soit parlée que dans les universités et ne soit plus qu'un objet d'étude pour des chercheurs et des savants. Enfin, on n'en est pas encore là.
Propos recueillis par Ismaël Mohamed Ali
Source : RFO Mayotte

Comores: Interview : Elarif Oukacha : « il faut laisser le peuple trancher »

Publié le 07/02/2009 à 12:00 par moindjie

Moroni, vendredi 06 février 2009 (HZK-Presse) – Le ministre de l'aménagent du territoire, des infrastructures, de l'urbanisme, de l'habitat et des investissements de l'Union, M. Mohamed Elarif Oukacha nous a accordé cette interview hier soir pour donner son point de vue au sujet de l'avant-projet de loi référendaire que le Président Sambi souhaite prochainement soumettre au peuple comorien pour approbation.

Question : M. Le ministre, partagez vous l'initiative du président de l'Union visant à réviser la constitution ?
Mohamed Elarif Oukacha : Tout à fait, je suis parfaitement d'avis et je partage cette initiative. Le président et son gouvernement se sont entendus de corriger certains articles de la constitution basés surtout sur le partage des compétences entre l'Union et les îles en changeant notamment les appellations des chefs des exécutifs des îles, communément appelés « Présidents » pour devenir des « gouverneurs ». Pour rassurer la population de l'authenticité et de l'esprit de l'autonomie des îles, ces derniers seront toujours élus au suffrage universel. L'initiative de réviser la constitution consiste à réduire aussi la fréquence des élections et leur coût, en harmonisant le calendrier.

Question : Comment expliquez-vous l'idée du président de vouloir proroger son mandat d'une année ?
MLO : Le président ne veut ni prolonger et ni renouveler son mandat en lisant l'avant-projet, encore mieux la tournante est bien mentionnée dans le texte. Quoi qu'il en soit, le président de la république a présenté un avant-projet et sollicite justement l'avis de tout le monde : les politiques, la société civile et tous les citoyens et là-dessus je crois qu'il n'y a pas de polémique possible.

Question : Pouvez vous donner des assurances à l'opinion que le mandat du président actuellement en fonction se terminera en mai 2010 et qu'il y a aura des élections ?
MLO : C'est ce qui est prévu dans la constitution et jusqu'à preuve du contraire, pas de changement. En principe son mandat prend fin au mois de mai 2010. Seulement, pour les élections je ne peux rien dire car l'avant-projet prévoit que seuls les députés de l'Union qui seront issus des prochaines législatives [prévues vers avril-mai 2009] fixeront les dates des élections présidentielles.

Question : Certains leaders estiment qu'au regard de l'avant-projet, l'autonomie des îles est vidée de sa substance, quel commentaire faites-vous ?
MLO : L'autonomie des îles n'est pas du tout vidée. Par rapport à la régulation des institutions, celle-ci reste préservée. Les îles disposeront toujours de leur droit à adopter leur budget, gérer leurs propres affaires et comme je l'ai indiqué, les chefs des exécutifs ou futurs « gouverneurs » seront élus au suffrage universel.

Question : Revenons-en aux derniers événements de Mwali où vous venez d'assister à la lecture d'un « Hitma » au sujet des prochaines présidentielles... (Sans pouvoir terminer la question)
MLO : personnellement, j'estime que les initiateurs de cette action jouent avec le coran, n'ayant pas d'argument pour convaincre les mohéliens. Puisque la population les a rejetés, ils se réfugient derrière le « Hitma ». La « Comunat » [Commission pour l'unité nationale et la tournante] cherche plutôt à manipuler la population mohélienne. Mais en réalité la population comorienne partage l'idée de la reforme de la constitution dans sa majorité. Cette initiative est bien appréciée. Le Président ainsi que le gouvernement propose une reforme institutionnelle. A chacun de nous de proposer librement son idée, tout en laissant au peuple le droit souverain de trancher en dernier ressort.
Propos recueillis par A.N
Agence comorienne de presse (HZK-Presse)

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