Résidence Ylang-Ylang de Hachimiya AHAMADA, française d'origine comorienne, sent la saveur des fleurs ylang-ylang des îles de l'archipel des Comores. La jeune artiste franco-comorienne nous dresse le portrait de Djibril. A travers lui, c'est le dessein et le procès en sourdine des relations complexes qui régissent la société comorienne sous forme de dialogue de sourd entre l'élite occidentalisée et les tenants d'une société traditionnelle et solidaire.
Plus authentique et plus audacieux, voilà ce que nous pourrions retenir du court-métrage de Hachimiya Ahamada. Sous le nom de Résidence Ylang-Ylang présenté lors de la Semaine Internationale de la Critique à Cannes en mai 2008, se cache une véritable étude d'une anthropologie sociale des relations entre les « lettrés » et les « wadjingua », entendons-par la, les « non-lettrés » selon les termes classiques. Produits par Aurora Filma et Washko In, ce film nous raconte l'histoire noire d'un personnage ubuesque nommé Djibril. Ce héros qui tire ses sources dans le bas-fond de la société comorienne vit dans une maison en paille, située au cœur d'une région montagneuse de toute beauté et d'une nature irremplaçable, à la fois sauvage et exotique. Du jour au lendemain, son bonheur s'effondre suite à l'incendie de sa maison. L'homme et sa femme sont accueillis par un ami, témoignage d'un acte qui témoigne d'une société solidaire. Pourtant, la maison de son grand-frère qui vit en France est vide et libre. Celui-ci n'a jamais mis les pieds aux Comores depuis son départ il y a 15 ans. Son frère ne peut oser franchir le Rubicon en s'installant dans la demeure luxueuse de son ainé qui vit dans l'hexagone. Tourmentée par cette douloureuse existence, il s'adresse à l'Imam du village pour que celui-ci introduise sa quête auprès de la cité. En pleine réunion apparaît un homme, un triste personnage qui s'est déjà fait connaître par son orgueil, son mépris et sa « suffisance » envers le petit cultivateur. Interprété par Aboubacar Saïd Salim, l'homme en costume cravate à la culture occidentalisée avait sournoisement répondu par une telle insolence ! Par un silence puant et infamant le bonjour très poli et très civilisé de Djibril. Et si la fiction était réalité ! Notre cher « intellectuel » réagit avec violence verbale et logique à la demande introduite par l'imam. Au nom de la loi et du respect des règles des lois de la République, il demande l'assistance de porter secours à un homme qui enfreint la loi, en électrifiant illégalement sa maison. C'est au nom de la loi qu'il demande aux hommes présents (aucune femme dans l'assistance, pourtant la réalisatrice en est une, quel paradoxe !) de rejeter la demande. Dommage que cette séquence ne soit pas accompagnée de la chanson de Salim Ali Amir, Mdjéwiri, qui avait dressé le même portrait en 1986.
Tentant de peindre la société comorienne, Hachimiya Ahamada réussit par nous offrir un film populaire dans le sens noble du terme. Plus authentique et plus audacieux, l'artiste nous offre un film ethnographique à l'anthropologie sociale qui aborde les thèmes- coutumes locales, relations sociales, place de la femme. Résidence Ylang-ylang, c'est un film avec des dialogues très riches, des acteurs d'une grande crédibilité et enfin un portrait de la société comorienne qui a de la gueule. Les décors vous font découvrir la nature sauvage et exotique des îles Comores. Terre d'éco-tourisme par excellence, le paysage « sent » la saveur de la fleur d'Ylang-Ylang.
Nakidine MATTOIR
France-Comores
2008 - Première mondiale - 20' - Couleur - 35 mm
VO Comorien
Réalisateur / director : Hachimiya Ahamada
Scénario / screenplay : Hachimiya Ahamada
Image / cinematography : Claire Mathon
Son / sound : Katia Madaule
Montage / editing : Thomas Marchand
Décors / production design : Napalo
Musique / music : Nawal
Interprètes / cast: Abidine Said Mohamed, Asthadina Msa Soilihi, Fahamwe Ibouroi, Mama Hayiriya, Aboubacar Said Salim, Ahamada Saandi
Ventes à l'étranger / international sales
Distribution:
Relations presse / press agent
Aurora Films
Charlotte Vincent